vendredi 11 avril 2014

Syndrôme albatros

Clown masqué décryptant les arcanes de la nuit
dans les eaux troubles et noires des amours-commando
Tu croises des regards alourdis par l'oubli
et des ombres affolées sous la terreur des mots
Toi qui voulait baiser la Terre dans son ghetto
tu en reviens meurtri, vidé par sa violence
et tu fuis ce vieux monstre à l'écaille indigo
comme on fuit les cauch'mars souterrains de l'enfance
De crise en délirium, de fièvre en mélodrame
franchissant la frontière aux fresques nécrophiles
tu cherches dans les cercles où se perdent les âmes
les amants fous, maudits, couchés sur le grésil
Et dans le froid torride des heures écartelées
tu retranscris l'enfer sur la braise de tes gammes
Fier de ton déshonneur de poète estropié
tu jouis comme un phénix ivre mort sous les flammes
Puis en busard blessé, cerné par les corbeaux
tu remontes vers l'azur flashant de mille éclats
Et malgré les brûlures qui t'écorchent la peau
tu fixes dans les brumes Terra Prohibida
Doux chaman en exil, interdit de sabbat
tu pressens de là-haut les fastes à venir
comme cette odeur de mort qui précède les combats
et marque le début des vocations martyres
Mais loin de ces orages, vibrant de solitude
t'inventes un labyrinthe aux couleurs d'arc-en-ciel
Et tu t'en vas couler tes flots d'incertitude
dans la bleue transparence d'un soleil torrentiel
Vois la fille océane des vagues providentielles
qui t'appelle dans le vert des cathédrales marines
C'est une fille albatros, ta petite sœur jumelle
qui t'appelle et te veut dans son rêve androgyne...


Dingue, hein ? Et encore, t'as pas tout vu. Oui, je te tutoie, depuis le temps qu'on ne se connaît pas, que tu te coltines mes élucubrations sur écran glacé et papier tactile (t'as l'bonjour d'Emma, si tu connais la pub en rapport). Attend, dis, sérieux, tu sais que tu mérites une médaille ? Parce qu'à me suivre comme ça dans mes délires, ça force le respect, c'en est même bouleversant d'humanité, cette putain d'humanité qui semble tant faire défaut à bon nombre de mes semblables...enfin semblables, j'me comprends, parce que si on partage la même planète, on n'est clairement pas du même monde. Si je te disais tout ce qu'ils s'ingénient à trouver pour me faire chier, et toujours en loucedé, hein, car le truc en commun qu'ils ont avec les serpents qui sifflent sur ma tête, c'est qu'ils n'ont pas de couilles (du coup ils ont en commun un truc qu'ils n'ont pas, j'aime bien le concept). Mais on ne va pas utiliser la bande passante pour parler des cons. Attend, je tire la chasse...voilà, on peut continuer.

Bon alors que je te dise, et pour en revenir au titre, t'as déjà vu des albatros ? Autant c'est gauche et un rien concon sur les bords quand ça décolle ou que ça se pose, mais alors une fois en vol c'est magnifique. J'aurais pu tout aussi bien te sortir la bonne vieille métaphore du vilain petit canard qui deviendra un vilain grand cygne, mais je préfère l'albatros, fidèle et romantique, et puis si t'as lu Baudelaire et ce qu'incarne pour lui l'albatros (la dualité de l'Homme, pour faire court), et que tu es sensible à la poésie de mon chanteur préféré, je n'avais pas d'autre choix. Tiens, prend quelques instants pour t'imprégner du texte, en percevoir les allusions, en comprendre les sens cachés, en apprécier les métaphores, et tu as pratiquement l'histoire de ma vie.

Sinon, pour le reste, ça avance doucement. Je travaille chaque jour en jupe au boulot, parce que je me dis qu'à force d'avoir une vision plus féminine de moi, les gens finiront par se faire à l'idée à la longue, et puis de toutes façons un mec ne se met pas en jupe, à part un écossais peut-être. J'imagine ça comme une sorte de conditionnement : quand la minorité est visible au quotidien, elle finit par faire partie du paysage et devient alors partie intégrante de la majorité, jusqu'à ce qu'on oublie même qu'elle ait pu être un jour une minorité. Oh, je ne me leurre pas trop sur ça mais on peut toujours rêver, et puis j'ai même quelques collègues masculins qui me font la bise, et ça c'est génial et c'est courageux de leur part, car j'imagine que ceux "qui ne sont pas transphobes mais..." doivent aussi les regarder comme des bêtes curieuses. Bravo et merci, les gars, ce sont des gens comme vous qui me donnent encore foi en l'être humain, parce que depuis trois ans que j'en prends plein la gueule de la part du petit noyau dur d'imbéciles, franchement ça me met du baume au coeur.

Quant à  mon état de santé, c'est pas très joice, je dois l'avouer. Fatiguée et parfois déprimée, à cause des hormones hein, on va dire ça comme ça, que sinon ça va m'être encore reproché (et puis ça leur ferait trop plaisir). Du coup j'ai pas mal de toubibs à consulter, à la fois pour le suivi ou l'entretien, mais ça m'oblige à de fréquents déplacements sur Paris ou ailleurs (rien que pour trouver un gynéco dans ma région c'est du sport). Mais bon, ça me fait voir du pays, et puis des fois ça me fait vivre des situations cocasses, comme lors de mon dernier voyage par exemple. T'as cinq minutes ? Je te raconte :

Timing serré entre deux rendez-vous à Paris, je tombe en plein sur une manifestation de sans-papiers, qui m'oblige à adopter une allure d'escargot. Je ronge mon frein à force d'appuyer dessus et, désespérée à la vue des précieuses minutes qui passent, je me dis comme ça : "Pffff...'font chier, ces cons !"
Je parviens enfin à quitter le trajet emprunté par le cortège et au premier feu rouge, un lavedu en scooter, qui a dû m'entendre à cause de la vitre ouverte, se pointe à ma hauteur et me sort : "Madame, il faut leur donner des papiers." Qu'est-ce qu'il vient me casser les...enfin bref, j'me comprends... Je lui réponds, avec l'air d'en avoir deux, que c'est pas le jour pour me faciliter le transit intestinal, et que moi non plus je n'ai pas de papiers, et que je n'en fais pas tout un fromage (à la louche, je passe sur les détails). Stupeur et incrédulité du type qui me rétorque par deux fois : "Je ne vous crois pas, vous êtes une femme blanche donc vous avez des papiers."
Bon ok, j'adore le sous-entendu raciste au passage, et comme le feu va bientôt passer au vert et qu'en 15 secondes il est humainement impossible de lui expliquer ce qu'est la dysphorie de genre et les conséquences qu'elle implique, et surtout que j'ai autre chose à foutre, je me fends d'un bref : "Bon écoute, bonhomme, je suis un mec !"
Là le type manque de tomber de son engin (au risque de me rayer la portière, ce con) et répète, avec l'air pénétré d'une poule qui aurait trouvé une boîte de préservatifs : "Un homme en robe ???!!!"
Feu vert ! J'écrase (rageusement) l'accélérateur vu que je suis à la "bourre" (en même temps on n'est pas loin du 36 quai des Orfèvres, pour ceux qui connaissent Paname), et je le laisse méditer sur tout ça en lui lançant un : "Ca te la coupe, hein ? Allez, ciao !" et d'un coup de saveur au rétroviseur je le vois se prendre le casque à deux mains et rester prostré dans la position du fœtus, tentant sans doute d'extraire le démon qui est entré dans sa tête par son conduit auditif.
Des fois je suis vraiment une peste...et en même temps faut pas non plus trop me chercher en ce moment, va savoir pourquoi...
 
 
A propos des papiers, mon dossier complet est chez l'avocat, plus qu'à attendre la date de l'audience au tribunal mais bon, pour moi c'est moins urgent que pour d'autres, vu que je ne suis pas en recherche d'emploi. Néanmoins c'est important, même si pour moi le plus important était mon opération, et sur ce plan là c'est magnifique, ça aussi c'est ce qui me fait tenir, quand je vois les résultats chez certaines (pour un peu je pourrais croire qu'il y a une justice immanente...si je n'étais pas athée).
 
Ah et puis si, il y a une belle chose qui m'est arrivée. Un soir de pluie j'ai fait la connaissance d'une sœur, une femme magnifique avec un cœur gros comme ça, et on s'est liées d'amitié, une vraie amitié, sincère et authentique, et elle je sais qu'elle ne me décevra pas. Comment dire, une petite sœur albatros elle aussi, une danaïde, tu vois ? Elle n'a pas tué son mari (comme les danaïdes de la mythologie grecque), c'est juste une image, mais elle est géniale, ma danaïde, et je suis très fière d'être son amie. Elle est plus jeune que moi mais elle incarne la grande sœur idéale que tout le monde aimerait avoir, et le seul reproche que je pourrais lui faire c'est de laisser un grand vide chaque fois qu'on doit se quitter. Surtout que tu sais quoi ? Elle est (re)née le même mois que moi, alors avec ta permission je vais lui dédier la chanson de mon article, tout en lui faisant un énorme calin...
 

 

dimanche 3 novembre 2013

Autoroutes, jeudi d'automne

"Elle m'envoie des cartes postales de son asile
m'annonçant la nouvelle de son dernier combat
Elle me dit que la nuit l'a rendue trop fragile
et qu'elle veut plus ramer pour d'autres Guernica
Et moi je lis ses lettres le soir dans la tempête,
en buvant des cafés dans les stations-service,
et je calcule en moi le poids de sa défaite,
et je mesure le temps qui nous apoplexise,
et je me dis stop
Mais je remonte mon col, j'appuie sur le starter,
et je vais voir ailleurs, encore plus loin ailleurs

Et je croise des vieillards qui font la sentinelle
et me demandent si j'ai pas des cachous pour la nuit
Je balance mes buvards et tire sur la ficelle
pour appeler le dément qui inventa l'ennui
Et je promène son masque au fond de mes sacoches,
avec le négatif de nos photos futures,
Je mendie l'oxygène aux sorties des cinoches
et vends des compresseurs à mes ladies-bromure
et je me dis stop
Mais je remonte mon col, j'appuie sur le starter,
et je vais voir ailleurs, encore plus loin ailleurs

Il est bientôt minuit mais je fais beaucoup plus jeune
Je piaffe et m'impatiente au fond des starting-blocks
Je m'arrête pour mater mes corbeaux qui déjeunent
et mes fleurs qui se tordent sous les électrochocs
Et j'imagine le rire de toutes nos cellules mortes,
quand on se tape la bascule en gommant nos années,
j'ai gardé mon turbo pour défoncer les portes,
mais parfois il me reste que les violons pour pleurer
et je me dis stop
Mais je remonte mon col, j'appuie sur le starter,
et je vais voir ailleurs, encore plus loin ailleurs."


Ailleurs, de l'autre côté du miroir, over the rainbow, telle une Judy Garland du Magicien d'Oz, j'ai voulu aller voir ce qu'il y avait ailleurs, alors je l'ai remonté mon col, et pour aller loin j'y suis allée, aussi loin que j'ai pu. M'a fallu en traverser des précipices, franchir des obstacles que je croyais insurmontables, en surmonter des saloperies qui me tombaient dessus tous azimuths. Le Magicien d'Oz...tu parles d'un conte de fées, d'un conte défait plutôt...passant du Wizzard of Oz à Zardoz, le film éponyme avec Sean Connery. Me restait plus qu'à faire tomber les masques de pierre de tous les faux nez que j'ai pu rencontrer pendant mon parcours initiatique, à première vue ça impressionne mais tout ça n'est que façade :

Un bon coup de K2R détachant avant lavage, un peu de lessive St Marre en paillettes, et les taches disparaissent...un dernier cycle de rinçage, après le raviveur de couleurs et l'assouplissant, et le rêve aura retrouvé l'éclat du neuf. Bon ok ça consomme beaucoup d'eau mais après tout ce n'est rien que de l'eau, de l'eau de pluie, de l'eau de là haut, et comme disait ma grand-mère : "pleure, tu pisseras moins". On n'est jamais trahi que par les siens après tout, vu que les autres on les a vu venir avant.

En attendant, tout ça n'arrange pas trop mes bidons, je dois le reconnaître, surtout que depuis mon opération ma vie se résume à passer mes journées sur le canapé du salon, entre les programmes lénifiants et insipides de la télé qui rend con, les dilatations quotidiennes, les soins post-opératoires qui me font voyager jusqu'à la salle de bains, le soleil que je ne vois qu'à travers la fenêtre et dont je ne peux pas profiter (c'est con, on avait un bel été). Dis, j'en viendrais presque à regretter tout ce que j'ai fait jusque là, et avec les feuilles mortes qui commencent à se ramasser à la pelle, c'est moi qu'on risque de ramasser à la petite cuiller bientôt. Tout ça pour ça, c'était bien la peine, tiens, plus goût à rien, plus d'envie, plus d'énergie, et mon pauvre ange qui se lamente de me voir ainsi...fallait pas rêver trop fort, la vie ne pardonne rien, fin de la leçon !


Au point où j'en suis à ce moment là, un peu plus, un peu moins, qu'est-ce que ça change ? Allez, on retourne voir du côté du virtuel. Sur cette autoroute hystérique qui m'a conduite chez les mutants j'ai troqué mon cœur contre une brique et mes espoirs contre des lavements (tu sais, le truc à la Bétadine que tu t'injectes sans te fendre la poire, forcément, que sinon tu ne peux plus te l'injecter ensuite). Après tous ces avatars je retrouve celui que j'avais laissé de côté pendant près de deux ans, histoire de ne pas polluer la scène du "crime" que je m'apprêtais à commettre alors. Je l'aime bien, ma Lillith virtuelle transgénique, polythérapeute à ses heures, ou sextoy, c'est selon, trônant au milieu de son petit club où se côtoient tout ce que ce petit monde onirique compte comme trans, lesbiennes, et autres "anormalités" du sexe et du genre. Et si je ne lui ressemble pas physiquement, quelque part elle est cette partie de moi d'une époque révolue et d'un avenir incertain (et puis elle me coûte moins cher en chirurgies de toutes sortes). Tiens, elle me fait penser à cette autre chanson de mon ami Hubert, qu'avec un peu d'imagination vous pourrez vous faire une idée de ce à quoi elle ressemble et du rôle qui lui a été dévolu...c'est qu'elle connait la poloche, la gueuse :

"Y’a toujours un cinglé au bout de son trimard
qui se crame les yeux sur un ours en chaleur
du côté de ces nuits où s'enfuit le hasard
avec les doigts collés de foutre et de sueur

Y’a toujours un taxi qui se perd dans la brume
avec une reine morte en pâture aux fantômes
et de vieux corbeaux rances en marge du bitume
qui s'en viennent crever au détour de ta zone
Lilith ! oh Lilith

Y’a toujours un pingouin qui souffle ses poumons
à travers un saxo branché sur du mélo
et des gosses exilés qui maquillent ton nom
sur les fiches-transit d'hôtels hallucinos

Y’a toujours un pigeon qui s'envole en fumée
dans les couloirs visqueux d'un vieux rêve-agonie
et des cigares bandants sur les lèvres flippées
de dieux défigurés maquillés par tes nuits

Lilith
tu sais comment ça jouit
Lilith
les mecs roussis
les dingues de la déglingue
qui s'flinguent derrière ton zinc
Lilith ! Lilith !
tu sais comment, comment ça jouit
les mecs complètement stress
qui t'réclament aux toilettes :
une p'tite canette, une p'tite fumette
une reniflette, une seringuette
une bonne branlette
et puis ciao, dodo !

Y’a toujours une frangine qui se noie dans ses nerfs
au fond d'une arrière-salle d'un vieux boxon crado
et d'autres qui s'en vont respirer le grand air
sur une plage à Hambourg, à Belfast ou Glasgow

Y’a toujours un clébard de bar unijambiste
qui largue ses sachetons dans les WC pour dames
et des gonzes un peu raides au bras de vieilles groupies
qui dégueulent en riant leur Canigou on ice

Lilith
tu sais comment ça jouit
Lilith
les mecs roussis

Tu marches nulle part à genoux sur mes rames
avec des souvenirs à tringler du bourrin
tu descends le quartier où les mômes jouent aux dames
et me font voir la came dans le creux de leurs mains
Mais j'ai perdu l'adresse des autres solitudes
à contempler la noille dans les yeux des passants
Souvent t'en as croisé au bord de l'hébétude
qui ne pouvaient dormir sans leur dose de sang

Lilith !
tu sais comment ça jouit
Lilith
les mecs finis
les dingues de la déglingue
qui s'flinguent derrière ton zinc
Lilith ! Lilith !
tu sais comment, comment ça jouit
les mecs complètement stress
qui t'réclament aux toilettes
Tu sais comment ça jouit
Lilith
les mecs finis
les dingues de la déglingue
qui s'flinguent derrière ton zinc
Lilith ! Lilith !
tu sais comment, comment ça jouit
les mecs complètement stress
qui t'réclament aux toilettes :
une p'tite canette, une p'tite fumette
une reniflette, une seringuette
une bonne branlette
et puis ça joue ! ça jouit !


Ca y est ? Tu mords le topo ? Polythérapeute, que je te dis, et tout ça sans entamer le trou de la sécu en plus...docteur "déshonoris causa" de la faculté d'IMVU, me reste plus qu'à trouver une jolie plaque de cuivre. Et puis bon, tout ça a un je ne sais quoi de pathétique mais je m'en tamponne (maintenant je peux en plus, on n'arrête pas le progrès, et ça se voit moins qu'un protège-slip), et puis ça me passe le temps pendant mes dilatations, plutôt que de contempler le plafond en attendant, jusqu'à ce fameux jeudi d'automne (punaise, Hubert, mais tu les as toutes écrites pour moi, c'est pas possible autrement, dis ?)

Que je t'explique : t'as vu comme le travail a été bien fait en Thaïlande, que les moindres détails y sont et tout à l'avenant...ah t'as pas vu ? Ben imagine (bien essayé), sinon va faire un tour sur le site du chirurgien qui s'est occupé de moi et tu cliques ensuite sur "Galeries SRS", t'auras le résultat en images et en couleur en plus...vas-y, je t'attends...quoi, il te faut le lien en plus ? Bon...j'espère que t'es majeur(e)...tiens :

http://www.chet-plasticsurgery.com/fr/?page_id=1168

...ça y est, t'as vu ? Je peux continuer ? Ok. Donc, au bout de 4 mois de soins intimes aussi agréables que lorsque ta femme se rend chez son gynéco pour son frottis annuel (tu lui demanderas, elle t'expliquera, et si t'es avec un mec, ben parle-lui de son toucher rectal en pleine crise hémorroïdaire)...j'ai perdu le fil, avec mes conneries...ah oui, ça y est. Donc, vu la gène et les douleurs occasionnées lors de ces diverses manipulations, j'étais comme qui dirait un peu désappointée quant à mon futur épanouissement sexuel, parce que si j'avais voulu rentrer dans les ordres j'aurais choisi d'autres voies (demande aux bonnes sœurs ou aux enfants de chœur...quoique à y regarder de plus près...enfin bref). De plus, tant que tout n'était pas bien cicatrisé, fallait pas trop y toucher. Tu ajoutes à cela une certaine appréhension tout de même, parce que, contrairement aux idées malsaines qu'on me prête (et que je garde pour moi sans les rendre), ben je reste impressionnée par tout ça et je n'ose même pas y toucher, tellement c'est too much.

Oh, j'ai bien essayé deux ou trois fois, par curiosité j'avoue, mais c'était tellement sensible que c'en était tout de suite agaçant et même en me donnant l'air d'avoir l'air, généralement au bout de dix secondes je lâchais l'affaire, et puis pour ça il faut être "dans le mood" comme on dit, et comme à chaque fois que je m'empale c'est juste médical (tiens, je pourrais faire concurrence à Frigide machin, avec un titre aussi naze, ça vaut bien son "fait-moi l'amour avec deux doigts", la conne), inutile de dire que pour le grand air de l'acmée, on verrait ça plus tard...ou jamais. C'est ainsi que, ce fameux jeudi d'automne, alors que j'avais une fois de plus emprunté le "highway to Hell" et que je me trouvais simultanément dans mon salon et dans mon autre salon virtuel (grâce à internet j'ai le don d'ubiquité), ma femme dans la vraie vie, accompagnée de son propre avatar dans l'autre, est arrivée près de moi (en fait je commençais à m'endormir, le temps est long quand on ne peut rien faire d'autre qu'attendre que ça se passe).

Du coup ça m'a réveillée...je suis encore gênée lorsque je fais mes "exercices" quotidiens et qu'elle me voit dans des postures que d'aucuns (les cons) qualifieraient d'équivoques...je voudrais les y voir, le frifri en éventail et un huitième de manche à balai en guise de bâton d'esquimau...m'est avis qu'ils auraient eux aussi du mal à s'assoir les jambes serrées, alors poupouille. Bref, elle s'enquiert de savoir si tout va bien...pas pire que d'habitude...et me caresse doucement la tête en prenant ma main dans la sienne. Je réprime un sanglot...j'en ai tellement marre de lui imposer cette déchéance morale et physique depuis des semaines. Sa main quitte mes cheveux et elle vient poser son index sur ma bouche en me disant "chut, ma Caro, je t'aime"...Angélique, ce pseudo lui va si bien... J'embrasse son index, timidement, en fermant à demi les yeux, puis elle le promène sur mes lèvres et mes baisers deviennent plus insistants. J'ai envie de me laisser aller à sa tendresse, à son amour qu'elle me manifeste jour après jour, au delà de tout ce que j'aurais pu imaginer lorsque je l'ai rencontrée.

Alors je m'enhardis, ma bouche happe son index, mes lèvres s'enroulent autour de lui dans un lent mouvement de va et vient, fellation improbable mais ô combien délicate et sensuelle. Tout en lui prodiguant cette caresse, je plonge mes yeux dans les siens, guettant le moindre battement de cils. Elle répond à ma prière muette par un sourire indulgent, puis sa main abandonne la mienne et elle vient me caresser la joue, avant de descendre lentement vers mon cou. Puis elle poursuit son exploration et part à la rencontre de mes seins. Je sens la chaleur de sa paume à travers le tissu léger de mon petit haut, ses doigts mutins qu'elle promène nonchalamment sur mes tétons que je sens durcir et poindre. Elle sait depuis des années déjà que cette partie de mon être est très sensible, bien plus encore qu'avant depuis les hormones. Elle retire alors son doigt de ma bouche et me murmure "attend, ma puce" avant de venir coller ses lèvres aux miennes, puis m'embrasse tendrement, tandis qu'elle remonte mon haut de ses deux mains et finit par me l'enlever entièrement, laissant apparaître mes seins dans leur plus simple appareil. Ne me laissant aucun répit, elle s'empresse alors de les caresser à nouveau de ses mains expertes, merveilleux et divin massage, savant mélange de palper rouler, ses mains qui se font nid douillet et pigeonnant, ses doigts entre lesquels elle roule et roule encore mes tétons, ses doigts dont la pulpe vient effleurer leurs aréoles, à la limite du supportable parfois.

Et puis elle remonte une de ses mains et vient caresser ma joue, fourrage dans mes cheveux, tandis qu'elle me fixe de son regard si doux et qu'elle a toujours ce tendre sourire énigmatique et bienveillant au coin des lèvres, douce et blonde Joconde dont un Léonard de Vinci aurait pu s'inspirer. Alors, tout en continuant de me regarder, elle descend lentement son visage à hauteur de ma poitrine frémissante, et sa bouche vient recueillir tour à tour mes seins, le disputant à sa main qui continue ses caresses. C'est chaud, c'est doux, je sens sa langue dardée qui les titille l'un après l'autre, en alternance, ses lèvres qui aspirent mes mamelons, elle s'est mise à me téter, et quelque chose a changé dans son regard qu'une lueur un peu plus farouche anime à présent, quelque chose de plus animal, je suis sa proie, elle est la tigresse. Elle marque un temps d'arrêt en me fixant plus intensément. Je sens sa main descendre alors lentement le long de mon ventre et se diriger vers ma vulve, tandis que sa bouche vorace et gourmande reprend son insatiable tétée.

Je tente de prendre sa main qui s'aventure tout à côté de ma chatte..."non, pas ça, mon cœur, je t'en prie"...mais elle repousse ma tentative d'un geste ferme et décidé, et vient placer un doigt contre mes grandes lèvres, en marquant à nouveau une pause. "Laisse-toi aller, ma puce, laisse-moi faire" dit-elle. Son regard a encore changé, il est redevenu bienveillant, comme pour me rassurer, et elle me dit ça tout en caressant ma tête plus lentement, plus amoureusement, manière sans doute de dissiper mes dernières inquiétudes...après tout, je suis aussi sa femme, et elle ne veut que me le montrer. Ses doigts s'insinuent alors entre mes grandes lèvres qu'elle écarte doucement, puis partent à la recherche de mon petit bouton, qu'elle finit par découvrir, lové au creux de son capuchon. Elle porte alors son majeur à sa bouche avec un petit sourire vainqueur et je sens son doigt mouillé de sa salive entamer sa parade amoureuse avec mon clitoris, tandis qu'elle continue ses autres caresses. Cette fois plus de doute, je suis bien sa femme, ex prince Saphir devenue sa princesse saphique. Elle joue de mon corps comme elle le ferait d'un instrument, tantôt violoncelliste, tantôt pianiste, tantôt harpiste, musicienne multiforme, elle explore toute ma gamme, faisant vibrer toutes mes cordes, je ne fais plus qu'une avec elle, je suis son instrument.



J'essaye de suivre le moindre de ses changements de rythme, la plus petite variation de son tempo, en faisant aller et venir en moi l'olisbos d'acrylique détourné pour un moment de sa fonction première, tout en écartant et refermant mes cuisses au gré de ses fantaisies...mon dieu, c'est divin de se découvrir ainsi. Son majeur poursuit sa folle sarabande autour de mon petit bouton, lui d'ordinaire si sensible au point d'être agaçant, elle a su l'apprivoiser, le dompter, canaliser ses décharges électriques. Parfois elle délaisse ma poitrine, le temps de se lover un peu plus contre moi et de m'embrasser à pleine bouche, pour repartir ensuite à l'assaut de mes deux globes, doux assauts ponctués par ses mots d'amour et sa tendresse qu'elle me murmure ou me crie selon ses envies. Le temps s'est arrêté, et j'en ai perdu toute notion de toutes façons, je goûte ces instants d'éternelle félicité en gémissant sous ses caresses, en priant le ciel pour que ce ne soit pas un rêve, et si jamais ça l'était, alors que je ne me réveille plus. Et puis, insidieusement et sans vraiment y prendre garde, un changement plus subtil s'opère en moi. D'abord confus et ténu, presqu'imperceptible au début, il grandit progressivement, inexorablement, roule et enfle encore et encore, jusqu'à ce qu'il prenne corps, que je sente au fond de moi comme un train d'ondes successives, couvrant toute la gamme du spectre audible et inaudible. Ca commence avec les infrasons, puis les ultrabasses, auxquelles viennent s'ajouter mille harmoniques, comme le souffle de mille orchestres philarmoniques qui auraient envahi la scène du théâtre de Bayreuth, accents wagnériens, chevauchées des Walkyries, chevauchées fantastiques, hordes de chevaux sauvages lancés au galop que plus rien ne peut contrôler, harde folle emportant tout sur son passage et que rien n'arrête...

Dévastée, anéantie, hors du temps et de l'espace...me suis vue flotter dans la pièce sans comprendre que je nous regardais d'ailleurs...déroutant...un peu comme ces récits sur les E.M.I. Et puis un moment de flottement qui paraît durer une éternité ensuite, comme si les connexions avaient du mal à se faire...tiens c'est exactement ça : déconnectée et flottant entre deux eaux, entre deux mondes, entre deux espaces-temps. Soudain, une image s'impose à ma vue : pas d'erreur, je suis au paradis, la preuve, le visage au contours encore flous de cet ange qui se penche sur moi. Puis l'image se précise et devient d'une netteté éblouissante ; je connais ce visage, celui de mon ange. Je la serre tout contre moi, et pour la première fois depuis des semaines ce sont des larmes de bonheur que je sens couler le long de mes joues.

Ce toubib est un magicien...

jeudi 12 septembre 2013

Parano–safari en égo-trip-transit (ou comment plumer son ange-gardien)

Dans tes pompes en peau de chauve–souris
& ta veste en cuir de cafard
tu passes la moitié de ton ennui
à t’estropier dans les blizzards
Les infirmières des premiers secours
qui viennent te border aux urgences
te disent :tu vas finir un jour
par souffrir d'un manque de souffrance

 Alors tu passes toutes tes nuits
à t’attendre jusqu’au matin
à plumer au poker de l'insomnie
ton ange gardien
 Alors tu passes toutes tes nuits
parano–safari en égo-trip-transit

Si la vie est une illusion
avec des fous–rires en voix–off
tu te fais du mal tu tournes en rond
à courir derrière Lara Croft
t’as les hémisphères au taquet
les potards sur danger d'amor
t’es chargé à dix mille giga-octets
sur le point de bletter tous tes transistors

Alors tu passes toutes tes nuits
à t’attendre jusqu’au matin
à plumer au poker de l'insomnie
ton ange gardien
Alors tu passes toutes tes nuits
parano–safari en égo-trip-transit

Avec leurs doux yeux colorés
au bioxyde de manganèse
les biodolls te font danser
au bal des parthénogenèses
Elles sont programmées pour une heure
le temps de rincer sa libido
Les indigènes appellent ça le bonheur
mais toi tu dis : je préfère les marshmallows

Alors tu passes toutes tes nuits
parano–safari en égo-trip-transit


T'as plumé le tien, c'est bien...
T'as juste zappé un truc, c'est qu'il ne fallait pas jouer avec "la chaleur humaine" et encore moins avec l'amitié.
Je t'ai toujours défendue contre toutes ces merdes contre lesquelles tu vomissais ta bile, tous ces nazes qui te cassaient du sucre sur le dos et dont tu te moquais en appelant "à l'aide, Caro !"
Et moi, bonne conne, j'y allais de ma gomme cogne...punaise, si j'avais su le coup de Trafalgar que tu t'apprêterais à me faire plus tard...
Reste donc au bal des faux-culs à danser la mazurka, chez toi l'amour-propre ne le reste pas tant que ça, j'espère au moins qu'elle te paie pour ça ?
Et pas adieu hein, je n'ai pas d'ami imaginaire, juste "rien", ça suffira bien...
T'as plumé le tien, c'est bien...


mercredi 17 juillet 2013

Première descente aux enfers par la face nord

Je m'affale sur la scène
le père Fouettard est mort
mais on apprend la haine
dans nos livres d'histoire
On devrait s'amuser
à détraquer l'ennui
à tout mettre en danger
devant notre folie

Liberté, liberté, liberté
ben ouais quoi... 


 La victoire en chantant
nous ouvre la barrière
Mon pied entre les dents
je cherche ma civière
Je réserve les cieux
pour d'autres aventures
ce soir je sais que Dieu
est un fox à poil dur

Liberté, liberté, liberté 


Je descends aux enfers
par l'entrée des novices
offrir à Lucifer
mon âme en sacrifice
Je boirai dans un crâne
le sang du déshonneur
en piétinant les mânes
des marchands de bonheur

Liberté, liberté, liberté
liberté, liberté, liberté 


Une souris verte
qui courait dans l'herbe
on la prend par la queue
on la montre à ces messieurs
Ces messieurs nous disent :
Garde à vous !


Où en étais-je ?
Ah oui, j'y suis. Nous sommes le lundi 17 juin, déjà plus de 15 jours que j'ai troqué les ramboutans pour l'abricot et que j'ai une pêche d'enfer à défaut d'avoir la banane.

N'empêche, c'était moche, hein ?

Mon séjour à Bangkok va bientôt s'achever...me reste plus que la visite de contrôle avant mon retour en France et ça tombe bien vu que c'est aujourd'hui qu'elle a lieu. Rapide et frugal petit déjeuner (pour une fois), café noir et spéculoos de circonstance, juste avant l'épreuve du spéculum ça le fait, mais ne spéculons pas.

Kooh-kooh me revoilou au plastic surgery center, et que ça saute ! On me glisse à nouveau dans la blouse d'hôpital ouverte au dos, celle sous laquelle on est nue, mais qui pourtant ne sera jamais portée aux nues par les maisons de haute couture (ou alors chez Jean-Paul Gaultier, mais en version corset victorien long). C'est dommage, j'avais mis justement un petit haut corseté pour l'occasion...tant pis. Je retrouve la salle d'opérations qui est pour l'heure transformée en salle d'examen et je me hisse sur la table d'examen d'où j'assisterai aux opérations. Comme prévu, le staff se met au taf et je vois le chirurgien jouer au photographe entre mes guiboles recouvertes d'un drap...curieuse impression, et puis c'est une première. Il m'inspecte de fond en comble puis termine par une seringuée de Bétadine et m'annonce tout à lavement qu'il va me nettoyer tout ça, puis il quitte la pièce.

Un de ses assistants se dirige alors dans un coin et met de la musique...sympa. Enfin sympa, c'est plutôt de la musique d'ascenseur, le style variétés internationales interprétées à l'ocarina et à la flûte de pan, le genre de CDs made in China qu'on trouve à 2 euros chez les vendeurs à la sauvette, et les Bee Gees ou Céline Dion en instrumental à la flûte de pan, faut se les farcir. Heureusement, je n'en ai pas pour longtemps...en principe. Nan, je dis ça, c'est parce que pendant qu'un assistant me nettoie l'entresol, une infirmière me colle un bandeau sur les yeux tandis que le chirurgien revient. Du coup, ma cabine d'ascenseur aux néons blafards se transforme en cabine d'ascenseur en panne...mais toujours avec la musique...stressant. Je me demande bien ce que je ne dois pas voir, soit dit en passant, alors je demande (ben ouais, quoi).

Pour toute réponse, le toubib me file une tape sur la cuisse gauche en me disant "kitchen". Hein ? Keskidi ? Il est tout juste 10 heures du matin, un peu tôt pour la jaffe, what's cooking, doc ? Et puis d'un seul coup je comprends...c'est pas "kitchen" qu'il vient de me dire avec son accent à manger du khao phat mais plutôt un truc comme "puncture" ou "pincture". En fait, ma soudaine compréhension du thaïlanglais (on dit bien du franglais) vient du fait que je ressens soudainement une violente douleur située approximativement à équidistance de mes genoux et de mes épaules, douleur qui s'apparente à une piqûre en effet. Il va ainsi me cuisiner le frifri en me charcutant pendant deux heures sans que je sache ce qu'il mijote (ah ben c'était peut-être bien "kitchen" finalement). Surtout qu'en guise d'anesthésie, j'ai juste droit à la fameuse musique dont je parlais plus haut et à la main que me donne une gentille infirmière, laquelle me sussure des gentillesses à l'oreille de sa voix douce, comme quoi elle m'aime beaucoup, qu'une fois repartie elle ne m'oubliera pas, qu'elle souffre de me voir souffrir comme ça, et qu'au bout d'un moment je finis par m'apercevoir que c'est un infirmier (c'est dire à quel point je déguste)...dommage, il était très gentille quand même.

Bref, au bout de deux longues heures de ce traitement, mon calvaire touche enfin à sa fin. Le chirurgien ôte son masque et m'annonce que now tout est ok, après avoir joué à papa pique et maman coud...ne reste plus qu'à nettoyer tout ça (encore ?) et on m'introduit une sonde urinaire...la cerise sur le gâteau ou plutôt la banane dans l'oreille, et sans la peler en plus. Bon, ça s'arrête quand ces conneries ? Si ça continue faudra que ça cesse, que sinon je vais finir par broyer la main de mon gentille infirmier (quel gâchis tout de même). Dire que j'ai la minette en feu à cet instant est un doux euphémisme : en fusion serait plus exact, la fission ne dégageant pas autant de chaleur. Quant à la douleur, sur une échelle de 1 à 10, je dirais 11, en notant large. Ca valait le coup de venir...

Et puis bon, je récupère mes affaires à défaut de récupérer tout court (on verra ça beaucoup plus tard) et je rassemble tous les documents qu'on vient de me remettre, dont le fameux certificat aux allures de diplôme du bac (et avec l'oral de rattrapage que je viens de passer, j'avais intérêt à l'avoir)


Je me demande si je ne vais pas le faire encadrer et le mettre dans mon bureau au taf, vu que c'est assez explicite et qu'il est indiqué que je suis maintenant une femme de genre féminin (oui je sais, je cumule). Ils ne vont pas me casser les "hypogonades" pour si peu (c'est vrai que plus hypogonadique que ça, tu meurs). J'espère seulement qu'on ne va pas me refouler à l'embarquement avec mes gonades dégoupillées. En attendant, je retourne à l'hôtel, avec une sale impression de déjà vu, entre la nouvelle sonde et les nouveaux pansements, mais avec un nid  de frelons entre les jambes en plus (des asiatiques, les pires). Ca pique, ça brûle, ça tiraille, ça fait...mal, tiens.

Deux jours d'angoisse à me demander pourquoi je saigne autant sous les pansements à la moindre sollicitation mais il paraît que c'est normal. Ca coûte cher le nettoyage d'un siège d'avion ? On m'enlève tout ça le matin de mon départ et je passe le reste de la journée à attendre et à morfler entre deux soins et exercices pas divers ni variés. Une copine, rencontrée quelques jours plus tôt à l'hôtel, vient me dire au revoir un peu avant que la voiture ne vienne me chercher. Une fille sympa et authentique, qui ne cherche pas à faire passer des vessies pour des lanternes, et qui est plutôt de bons conseils...et puis on se marre bien. Va falloir qu'on se revoie une fois qu'elle sera rentrée elle aussi mais elle en a encore pour trois semaines. Et puis bon, la voiture arrive et direction l'aéroport.

J'ai pris un vol direct par Thai Airways (tant qu'à faire) et je ne le regrette pas car les hôtesses sont charmantes et habituées aux filles comme moi. Du coup je suis prise en charge et installée comme une reine, aux petits soins et avec le sourire. Il faut dire aussi que je ne passe pas inaperçue, avec mes deux coussins spéciaux fournis par la clinique : deux donuts roses géants avec le site internet du centre brodé...Kop-khun kah, je regretterai le pays du sourire. Coup de bol que l'avion soit à moitié vide, ça me permet de voyager allongée (4 fauteuils pour moi toute seule, qu'en pensent Dan Aykroyd et Eddie Murphy ?) et de dormir un peu jusqu'à l'arrivée à Roissy où un ami d'enfance vient me chercher, le temps de reprendre un deuxième avion qui me ramènera au bercail.

A l'embarquement pour mon autre vol, changement de décor. Pas de doute, on est bien en France. Un lavedu badgé m'interpelle à plusieurs reprises, investi d'une mission divine sans doute, tel le taliban moyen du terminal 2. "Monsieur, monsieur !" qu'il me dit, l'air pas content du tout ; j'ai pourtant enlevé mes chaussures et en plus on n'est même pas dans une mosquée, alors qu'est-ce qu'il vient me casser les...ah merde, c'est vrai...enfin bref, qu'est-ce qu'il m'enquiquine ? Du coup je me retourne et je le toise avec mon air aimable en lui faisant remarquer que c'est "madame...M-A-D-A-M-E, verstehen sie ou faut-il que je développe ?" Apparemment ça fonctionne puisque le type se répand en excuses et me tend mon passeport...c'est qui le sexe fort déjà ? Encore une heure à poireauter debout et juste avant le malaise je monte enfin dans l'avion. Confort spartiate et je passe le temps du vol en appui sur mes deux mains, tellement j'ai la case trésor qui me rappelle à son bon souvenir, et après un atterrissage de colonel (ils doivent changer les trains toutes les semaines), me voici enfin arrivée à bon (aéro)port. Tiens, il pleut et il fait 12°C, j'avais oublié ce que ça faisait.

A l'arrivée des voyageurs j'aperçois mon petit sucre d'orge au milieu de la foule et d'un seul coup mes douleurs s'envolent. On s'embrasse, on s'enlace, on ne s'en lasse pas, que pour un peu si Claude Lelouch est dans le coin on ne va pas tarder à entendre des "chabada-bada"...moteurs...action. Heuh, tout compte fait, oubliez les "chabada-bada", on va plutôt prendre le titre de Mécano, ce sera plus approprié. C'est si bon de se retrouver enfin qu'on voudrait que cet instant ne finisse jamais, et je réalise que c'est de loin le meilleur moment de mon voyage. Je pensais avoir fait le bon choix en partant à  Bangkok, j'avais tort : le bon choix je l'ai fait il y a douze ans maintenant, quand je me suis mariée avec elle...noces de soie, c'est plutôt de bon augure pour cette nouvelle vie...même si pour l'heure j'en suis encore au stade où les dessous les plus doux me font l'effet de slips en toile émeri...putain c'est vrai que ça fait mal tant que c'est à vif. J'espère que ça va passer vite...pas encore cette année que j'irai à la plage.

jeudi 13 juin 2013

When Maurice meets Alice

I was reborn on may, the 29th...
"Tu enfanteras dans la douleur", qu'il disait l'autre con, ben pas seulement...et puis la première chose qu'on te fait en naissant, c'est d'emblée la claque sur les fesses, histoire de te faire crier un bon coup pour voir si t'es prêt à encaisser tout ce qui t'attend plus tard. Si j'avais su j'aurais fermé ma gueule la première fois, juste pour retenir ma respiration comme le sale môme que j'étais, jusqu'à ce qu'il m'arrive quelque chose. Mais tu vois comme on peut être conne parfois : bien que déjà échaudée j'en ai redemandé...faut croire que j'étais maso finalement, et que je n'ai pas pris assez de baffes.

Alors du coup j'ai tendu ma carte d'adhérente, parce que tu vois, j'y avais droit au grand cirque, que l'ordonnateur des pompes funestes venait de contrôler et poinçonner mon ticket, tout bien donc, et puis dit, oh, eh, j'ai pas fait tout ça pour renoncer à la porte du bloc, j'aurais l'impression d'être montée avec une professionnelle et de m'apercevoir que j'ai oublié mon larfeuille dans mon lardeuss à la réception de l'hôtel, juste avant de me le faire chouraver par un gonze.
Bref, me voilà donc à la croisée des chemins...croisée mon cul ! C'est pas maintenant que je vais prendre la première à droite et me débiner, et puis ce chemin ça fait deux ans et demi que je l'ai emprunté, et le pire c'est que je suis impatiente en plus...à quoi peut bien penser le veau quand il est à l'abattoir ?

Non, parce qu'il faut quand même que j'explique bien les choses, en dehors de toute considération romantico-mystico-masturbatoire, qui font passer les œuvres complètes de Barbara Cartland pour la vie érotico-yaourt de Sacher Masoch, et que vous sachiez qu'en fait de saut de l'Ange, c'est plutôt le saut dans le vide qui m'attend, Alice au pays du Vermeil, tout ce qui brille n'est pas or. Alors attachez vos ceintures, rajustez vos bandages herniaires, on descend au fond du trou, et si vous apercevez le lapin blanc, c'est que vous croyez encore au père Noël.

Déjà ça commence à l'arrivée de l'avion, à peine le temps de poser les valdingues à l'hôtel, après 12 heures de vol tout de même, qu'on vient me chercher pour être présentée au chirurgien. Bon, point positif, c'est que c'est vraiment le pays du sourire, ça détend...un temps, vu qu'il y a déjà un os avec ma pomme, ou plutôt du mou dans la corde à nœuds. Voilà t'il pas qu'on m'annonce comme ça que je manque de peau (c'est pas de bol) pour me confectionner un minou avec toutes les options et le wifi à chaque étage, et que j'ai juste de quoi m'offrir un truc en trompe-l'oeil, avec une profondeur ridicule et quasi inexistante. A ce compte là, je pouvais tout aussi bien m'acheter un Vagina-string pour une centaine d'euros (ils en font même avec le kit pour menstrues en sus...enfin, en sus, moi perso j'y mettrais pas la bouche). Et dire qu'à Bordeaux l'autre pomme à l'huile se faisait fort de me faire un truc que rien qu'en écartant les cuisses on pouvait voir mes amygdales.

Bon alors je fais quoi ? Alleluia (enfin plutôt แอลิลยู - ยะ, on est à Bangkok), il existe une solution, moyennant une...rallonge (logique, comme son nom l'indique). Casse la tienne ! Au point où j'en suis... On va donc me prélever de la peau au creux de l'aine (et me prélever de l'oseille au creux du bas de laine) et si tout se passe bien, sans faire de l'ombre à Gloria Lasso, je devrais pouvoir m'en sortir plutôt honnêtement. Pour fêter ça, je vais passer les quatre jours qui me séparent de l'opération avec une bonne diète, soupes et laxatifs, et puis arrive enfin le jour "J".

On vient me chercher à l'hôtel pour 13h et me voilà à pied d'œuvre dans une chambre d'hosto, où je me repose jusqu'à 15h...ça me fait penser à la séance de cinéma à laquelle tu t'es pointée au tout début et que tu dois te farcir les pubs à la con avant que le rideau ne s'ouvre. Pas de douche à la Bétadine, c'est vrai qu'il ne fait que 35° et qu'on arrive à la saison des pluies, et je pénètre enfin dans le "Saint des seins". On me demande de m'allonger sur une table, les bras en croix, et je vois un type en vert avec un masque qui agite une seringue en me disant "dormir, dormir" en se fendant la poire, ce qui a pour effet de lui resserrer la bride sur les yeux. In petto je me marre (pas la première fois qu'on m'anesthésie, 27 ans de boîte, on est habitué à force) et je me mets à compter 1, 2, 3, 4 en anglais, ce qui me semble durer une éternité, c'est vrai qu'ils comptent en pouces, ces cons de rosbifs, c'est pour ça. Et puis enfin le silence...

Réveil. Qu'est-ce que je fous là, déjà ? Ah oui, ça me revient...ça me revient même très bien, vu que je sens comme une grosseur entre les jambes...m'ont collé un méga pansement, que pendant un moment un doute m'assaille, complètement irrationnelle, la fille...non, ils ne se seraient tout de même pas gourés ? N'empêche, cette méga bosse me file le traczir...vivement dimanche, que je puisse voir ce qu'on m'a fait au juste. Et puis comme tout vient à point à qui sait attendre, et depuis le temps que j'attends, arrive le jour où... Bon, à dire vrai, je ne vois pas grand chose, à part des tuyaux en plastique souple et transparent dans lesquels circulent des fluides aux couleurs incertaines, qui partent du dessous du pubis pour se répandre dans des flacons où stagnent des remugles d'outre on ne sait quoi et des pestilences qui s'écoulent en silence...pas le genre de piscine dans laquelle on aimerait piquer une tête, fût-elle de nœud. Quatre jours après, me voilà donc "démomifiée", mais pas le temps de m'attarder sur le résultat, on m'habille, on me prépare, et je me retrouve dans la voiture qui me ramène à l'hôtel sans trop avoir eu le temps de comprendre ce qui m'arrivait.

A la réception, je commence à accuser le coup et je manque de peu d'aller respirer la moquette...punaise, c'est quoi ce spectre que je vois dans la glace ? Ah mince, c'est moi dis donc...pas bandante la Caro...bon, ils me filent ma clef oui ou merde ? Enfin ! On monte, enfilade de couloirs, la porte qui s'ouvre, "thank you very much et bien le bonjour à madame...ah c'est monsieur ? Embrassez-le sur la fesse gauche de ma part et soyez heureux."Ouf, enfin seule, je m'écroule sur le lit, reprendre un semblant de couleurs le temps d'une heure ou deux, et puis je me décide à affronter mon destin. Roulement de tambour...ah ben non, c'est juste le bruit de mes intestins qui me rappellent à leur bon souvenir et à priori ça urge. Faut les comprendre aussi, quatre jours d'hosto et de soupes de maïs, sans compter le choc opératoire et les bouleversements annexes, normal qu'ils aient envie de s'exprimer...surtout maintenant que je n'ai plus le principal pansement qui me couvrait tout l'entresol, il n'y a donc plus de danger (et puis je commençais vraiment à ne plus pouvoir me retenir). Et dire que les infirmières me disaient qu'il ne s'agissait en fait que de gaz...heureusement que je me connais et que j'avais bien anticipé la grosse catastrophe, j'imagine faire "poh-poh on the bed" comme elles me le conseillaient...à coup sûr je repeignais la chambre à la couleur de leurs blouses (donne du maïs à une oie et tu auras une idée de la teinte et de la texture). Le monde appartient à celles et ceux qui arrivent à maîtriser leurs sphincters, même au prix d'atroces douleurs, et pour une fois le slogan des abrutis de la Manip pour tous m'aura aidé à tenir bon..."on ne lâche rien !" Désolée d'insister lourdement sur l'aspect scatologique, mais si ça peut rendre service à de futures candidates, car ce sont des choses qui peuvent arriver...

Bref, après avoir retrouvé le sens des priorités, si je revenais enfin à mon saut de l'Ange (vu que c'est quand-même pour ça que je suis venue jusque là, même si pour l'instant j'ai le sentiment d'avoir foiré l'atterrissage). Bon alors que je vous dise : d'une, c'est joli...de deux, c'est très joli...de trois, c'est mieux que ça en fait...c'est le genre de chose que tu regardes et tu n'as rien d'autre qui te vient à l'esprit que "WOW"...mélange de délivrance, bonheur, joie immense, le truc qui te laisse sans voix, juste ce "WOW" que tu oses à peine bredouiller tellement c'est too much. J'en avais rêvé, Sony ne l'a pas fait mais j'en reste tout de même comme deux ronds de flan : putain, tu sais quoi ? Ben c'est juste miraculeux, que si je n'avais pas peur d'éclater la poche de ma sonde urinaire je tomberais à genoux subito, urbi et orbi et tutti frutti. Approche un peu que je te pince, pour voir si je ne rêve pas...tu as eu mal ? Merci, c'était donc vrai.

Pour être tout à fait honnête, c'est surtout la vulve d'ens...pardon, la vue d'ensemble (quoique ça revient au même) qui est agréable à l'œil. Pour le reste, il faut avouer que c'est un peu les entretiens de Bichat, mâtinés de Ridley Scott, entre les cicatrices sanguinolentes et boursoufflées, les tuyaux qui se perdent dans mes profondeurs (faudra que j'approfondisse ça plus tard), des trucs jaunâtres, rosâtres, bleuâtres, tiens, si je te disais, "couleurâtres" même, tu vois ? Enfin bref, rien de bien engageant, mais seulement quatre jours après une lourde opération qui a duré 6h30, faut pas trop en demander non plus. Néanmoins, c'est vrai qu'au-delà de tout ça, le travail est plutôt bien fait et laisse présager des lendemains qui chantent. Bienvenue par minou, je l'ai fait et je suis la plus heureuse des femmes.

Je reste sur mon nuage trois jours durant, et puis le deuxième instant de vérité pointe le bout de son nez : on m'enlève le conformateur. C'est un truc qu'on retrouve sous plusieurs formes en fonction des latitudes, allant d'une sorte de ballon gonflable à une grosse motte d'étoupe (pour les plus rustiques) et qui sert en fait à maintenir la forme du néo-vagin...un peu comme un embauchoir. Chez moi, ce conformateur est constitué d'un long chapelet de sortes de petites "saucisses" ressemblant à des tampons, que l'infirmière déroule, déroule, et déroule encore...dis, ça s'arrête quand ? Curieuse impression, pas l'habitude encore, qui s'accompagne en plus de petits tiraillements, la sensation étrange qu'un Torquemada de Prisunic s'emploierait à vouloir à tout prix me faire avouer où j'aurais bien pu cacher le saint graal, en m'enlevant la tripaille pour vérifier.

La Nature ayant horreur du vide, et à fortiori les opérations contre nature, comme disent les "pas transphobes mais...", qui c'est qui va avoir droit à la grosse gâterie ? Aussi sec, non sans l'avoir lubrifié au préalable (que sinon je vous raconte pas), ma petite infirmière m'introduit le dilatateur neumbère ouane at the right place, en  me prodiguant des conseils utiles, tels que "push, push...you have to relax". Relax, relax...facile à dire, t'as déjà essayé de rentrer dans du 36 quand tu fais du 42 ? Ben là c'est pareil et j'espère que les coutures vont tenir, surtout que c'est de la confection asiatique, quand on y pense. On va la jouer Fight Club : je suis la somme des souffrances de toutes les femmes que des soudards ont prises sans préliminaires...comme je vous comprends à cet instant précis, mes sœurs. Et puis une douleur un peu plus forte que les autres annonce la fin du voyage. Terminus ! Personne ne descend. Ma sympathique défloratrice saphique asiatique et un brin sadique (rhâaaah lovely) me demande le "mirror", c'est pourtant pas le moment d'astiquer l'argenterie, les bijoux de famille étant désormais aux abonnés absents, et elle me lance un "look !" triomphant. Alors je looke, voyez-vous, et ce que je vois me laisse sans (voix...suivez, merde).

Comment dire, sans tomber dans le scabreux...ça va pas être simple, alors scabrons. Z'avez déjà vu un iceberg ? Sachant que la partie émergée d'icelui représente à peu près 10% de sa taille totale, sachant qu'on n'aperçoit une portion que d'un pouce et demi du dilatateur, compte-tenu de la loi de Boyle-Mariotte, du principe d'Archimède, et sachant que ledit dilatateur a une longueur totale de huit pouces, amuse-toi à trouver l'âge du capitaine. La vache ! Z'êtes sûrs que c'est bien moi ? Déjà qu'à l'époque, avec un simple thermomètre j'avais quelques réticences, là on est carrément dans la 4ème dimension. En tout cas je saurai où planquer mon artiche à présent. N'empêche, je suis gravement impressionnée. Les bonnes choses ayant toutes une fin, l'infirmière me libère les voies du saigneur, lesquelles sont justement pénétrables, je viens d'en avoir confirmation à l'instant. Tiens, en parlant de sang, et là c'est beaucoup moins glamour, j'ai gagné un abonnement d'au moins un an chez Always, selon ce que me fait comprendre l'infirmière, c'est que c'est long à cicatriser, ces petites choses là.

Alors voilà, j'ai enfin eu ce que je voulais, et globalement c'est plutôt du beau travail, même si je n'ai pas fini d'en baver, entre les dilatations quotidiennes à effectuer, les diverses pertes en tout genre, qui feraient passer la petite culotte de Gloria Lasso pour l'immaculé  saint suaire, les douleurs, la dépression post-partum, la fatigue, etc*. Tant pis, i did it ! Me reste plus qu'à lui trouver un petit nom...

lundi 27 mai 2013

Gynécées (en duo avec personne)

Alors j'y suis enfin, après deux ans et demi de parcours atypique...

Commencé en "free lance", puis protocole officiel, commission médicale et l'accès au "sésame" qui m'autorise à être opérée en France, le tout pris en charge par la sécu...opération programmée, tout bien...et puis bon, le doute qui s'installe, les deux rendez-vous avec le chirurgien (qui va tenir ma future vie entre ses mains) qui ne se passent pas super bien, à croire que ça l'emmerde.

Au premier, j'ai droit à "ah ben je n'ai pas votre dossier, il n'est pas signé", et devant ma consternation, la réponse qui tue : "c'est pas le supermarché du changement de sexe ici" (véridique)...pourtant j'étais venue toute timide, pas revendicative pour deux ronds, attendant juste une date après la commission, histoire de me préparer. "De toute façon, je n'opère pas les gens avant de les avoir vu au moins 3 fois, mais s'il n'y a que ça pour vous faire plaisir, on se revoit en février et je vous l'aurai signé." Fin de l'examen...pardon, de l'entretien (je te tiens, par les coucougnettes). Tiens, en parlant d'examen, il n'a même pas jeté un œil sur la "marchandise"...passons, c'est lui le spécialiste après tout.

Arrive donc le deuxième rendez-vous de février, c'est à dire le 25 mars (cherchez pas, c'est comme ça), et là, changement de ton par rapport à la première fois. Il m'accueille avec le sourire, me dit comme ça que "vous voyez, tout s'arrange, votre dossier est signé". Cool, je me sens hyper rassurée, que pour un peu c'est comme si j'étais déjà opérée, c'est dire. Bon, mais sans rire, c'est prévu pour quand ? "Comprenez que vous n'êtes pas la seule, entre les jours fériés, tout ça, j'ai un planning chargé, alors disons en septembre, ça vous va ?" Ben oui, au moins j'ai une période donnée, je vais pouvoir prendre mes dispositions. "Donc va pour septembre, je vous opèrerai le 14 octobre." Sacré déconneur, sans compter qu'il me dit tout ça avec l'air de s'en foutre royalement.

Je crois que c'est à ce moment là que j'ai pris ma décision d'aller finalement me faire opérer à l'étranger, sachant que là encore il n'a pas jugé utile de m'examiner (pourtant j'avais mis une culotte propre, vu qu'on était un lundi...le vendredi j'aurais compris encore).

Voilà donc pourquoi je me retrouve à Bangkok. Ca va me coûter un bras (enfin façon de parler, mon bras va bien, lui), en plus j'ai la phobie de l'avion de ligne (sacré baptême de l'air), plus le fait d'être séparée de la femme de mes vies pendant près d'un mois, plus toutes les ondes négatives qui m'accompagnent (j'ai tellement d'amis), bref, que du bonheur...heureusement que c'est plus qu'une simple opération de réassignation sexuelle pour ma part, car je crois toujours à ce saut de l'Ange, et il faut avoir la foi chevillée au corps pour continuer à rêver dans ce monde de cons, je vous prie de croire.

Mon opération est prévue le 29 mai, comme quoi le destin est facétieux parfois, vu que c'est ce même jour que sera célébré le premier mariage homo en France...ça va sûrement faire plaisir aux "pas homophobes mais...", en tout cas c'est plutôt de bon augure...

Bon j'avoue, je flippe un peu tout de même, sans parler des joies pré-opératoires, moi qui me faisait une joie de goûter la cuisine thaïlandaise, j'ai juste droit à des soupes déshydratées à la tomate, arrosées de laxatifs...transsexuelle est un sacerdoce, moi je vous le dis. Enfin, je me rattraperai dès que j'aurai l'autorisation de manger à nouveau (le buffet va y passer).

Sinon les gens d'ici sont charmants, c'est vraiment le pays du sourire, ça change des gueules de raies qui ont envahi les rue de Paris ce dimanche de fête des mères. Je suis contente d'avoir pu aller me recueillir sur la tombe de ma maman avant mon départ, de lui avoir expliqué ce que je m'apprêtais à faire, j'ai beau être athée, je pense qu'elle m'a entendue...j'aurais tant aimé pouvoir le lui dire avant, je sais qu'elle aurait compris, qu'elle aurait aimé sa deuxième fille comme elle a toujours aimé ses enfants, comme seule une mère digne de ce nom est capable de le faire, et malgré les "tares" dont ils sont parfois affublés.

Me voilà donc seule dans cette chambre, à quelques heures de l'opération de ma vie, ma puce n'ayant pas pu venir, on ne fait pas toujours ce qu'on veut, déjà bien difficile de faire ce qu'on peut... Je ne dirai jamais assez à quel point elle est courageuse d'avoir à affronter tout ça elle aussi, l'angoisse de la distance, la peur qu'il puisse m'arriver quelque chose sans pouvoir être à mes côtés...mon petit bout de femme que j'aime...il me tarde d'être à nouveau contre toi...

Si tout se passe bien, en principe je me réveillerai de l'autre côté, terra incognita, continent encore vierge qu'il me faudra explorer et découvrir peu à peu, je pense que j'aurai des sentiments mêlés, entre joie immense et appréhension, j'ai encore du mal à l'imaginer. Tout ce que je sais, c'est que je vais avoir du mal à trouver le sommeil cette nuit...alors beaux rêves éveillés à toutes et à tous, enfin les êtres humains...

lundi 14 janvier 2013

La ruelle des morts

La manif des intolérants haineux du week-end dernier et leurs "arguments" et slogans creux m'ont amenée à quelques réflexions que je vous livre comme ça.

- Sur le droit au mariage pour tous :

Entre les fanatiques qui considèrent encore le mariage civil comme "sacré" et qui doivent toujours vivre avant 1905, et les "braves gens" pour qui "les homos ont déjà le PACS, ça leur suffit bien", ainsi que ceux qui souhaiteraient une sorte de "mix" entre ce PACS et le mariage, mais surtout pas le même contrat que le mariage, je trouve qu'ils ne vont pas encore assez loin.

Je serais eux, je proposerais carrément des places à part dans les transports en commun, des toilettes publiques séparées, et soyons folle, des ghettos avec barbelés et miradors. Il ne faut pas être si frileux, les gars, un peu d'audace, que diable !

Il faut juste savoir que le PACS ne donne pas les mêmes droits au couple et à chaque conjoint que le mariage, notament en cas de décès de l'un d'eux (héritage, conservation du patrimoine commun, droits sur les enfants, etc). Et puis c'est quoi cette volonté affichée de vouloir à tout prix inventer des nouveaux bidules pour les homos, quand il y a déjà des textes en vigueur ? Alors ce n'est pas la peine de jouer les faux-culs devant les caméras en affirmant, la main sur le coeur, que les homos sont des citoyens à part entière, quand on fait tout pour vouloir en faire des sous-citoyens entièrement à part.

- Sur la "Famille" :

"La famille c'est une maman, un papa, et un ou plusieurs enfants !" Ca va faire plaisir aux mères et aux pères célibataires, aux couples homos qui de fait forment déjà des familles avec enfants quand ils les ont eu avant, aux couples stériles, aux familles recomposées, aux enfants élevés par les grand-parents, bref, à tous ceux qui ne correspondent pas au "modèle" vanté par les visiteurs venus d'un autre âge.

Allez chiche, on supprime les allocations "familiales" à tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule, vu que ce ne sont pas vraiment des familles en somme, et on annule tous les mariages des couples stériles.
A ce sujet, il y a toujours eu un truc que je n'ai jamais compris dans le Code Civil. Quand on passe devant le maire, à un moment il y a un article qui dit comme ça : "les parents pourvoient à l'éducation des enfants". Lesquels ?
Parce qu'en théorie, si on ne vit pas dans le pêché (lol), au moment du mariage les enfants n'existent pas (à moins que ce soient ceux des voisins ?). C'est tout de même curieux qu'on puisse affirmer péremptoirement que le mariage entraînera obligatoirement d'avoir des enfants et ça me semble un tantinet prématuré, voire carrément un vice en droit, puisqu'on évoque un truc qui n'existe pas au moment de la signature du contrat. Ce côté "c'est écrit" me gène un peu, Un peu comme dans le film "Minority reports" où on prévoit à l'avance les futures exactions des citoyens qui sont préventivement emprisonnés. Bon ok, je chipote, mais après tout ce que j'ai pu entendre comme conneries lors de cette manif, j'ai le droit de me lâcher un peu moi aussi.

- Sur le droit des enfants :

On en aura parlé des enfants ce week-end, il y en avait même plein dans la manif. Avec ce genre de pancartes, c'est sûr que l'innocence de l'enfance est préservée, ah mais !

En direct de la manif, Virginie, 8 ans : "Dis papa, c'est quoi la sodomie ?"

Quoi qu'ils auront tellement entendu de saloperies dans les slogans, qu'un peu plus, un peu moins... Je me demande au passage si ce genre de truc ne relève pas du Code Pénal sur la protection des mineurs en matière de pornographie et ne serait pas répréhensible. Je dis ça, je ne dis rien, je laisse le soin aux juristes d'en décider.

Mais sur le fond de l'affaire, je ne vois pas en quoi le droit des enfants serait en cause, qu'ils soient dans des familles hétéros, mono-parentales ou homo-parentales. Je dirais même au contraire que donner la possibilité aux enfants élevés dans des familles mono-parentales ou homo-parentales d'avoir les mêmes droits que ceux élevés par des familles hétéros devrait être tout à l'honneur d'un grand pays civilisé ayant le mot "égalité" dans sa devise et la déclaration universelle des droits de l'Homme en préambule de sa constitution.

De plus, l'argument totalement fantasmé et scandaleux qui consiste à dire que des enfants élevés par des couples homos seraient plus exposés à des carences affectives, psychiques ou cognitives, ou à la perversité (rien que ça) des gens qui les aiment comme n'importe quelle autre famille dite "normale", est mis en pièce par les études faites à ce sujet depuis 70 ans (eh oui). Ou alors, autant dire que tous les couples hétéros sont coupables à priori d'inceste et de maltraitance enfantine, puisque les seuls faits avérés de ce genre de choses sont à chaque fois commis au sein des familles "normales". Donc tous les prêtres sont pédophiles, dans le même amalgame...

Quant au fait de prédire que les enfants élevés par des homos deviendraient fatalement homos à leur tour, voilà un argument qui fleure bon l'eugénisme. Je rappellerai juste qu'à ce jour, la majorité des enfants devenus homos ensuite ou dès leur plus jeune âge ont majoritairement grandi dans des familles hétéros, donc en toute logique populacière, le modèle de la famille hétéro "fabrique" plus d'homos que les autres...c'est inquiétant ça, Mr. Civitas...

En fait, le seul risque pour des enfants élevés par des couples homos serait de subir les railleries de leurs camarades à l'école, au même titre que des enfants roux, obèses, handicapés, différents de la moyenne en résumé, preuve qu'il reste encore beaucoup à faire en matière d'éducation et d'ouverture d'esprit.

Ah oui, j'allais oublier, je trouve toujours savoureux de profiter des leçons de sciences naturelles ou d'éducation sexuelle ("pas d'ovules dans les testicules" et autres niaiseries du genre) données par des gens dont la religion se base sur la naissance d'un prophète issu d'une vierge...abracadabra...et hop, sans les mains...ou alors a-t'elle eu recours à la P.M.A. ? On peut aussi se poser la question des rôles tenus par l'âne et le boeuf tant qu'on y est (mon dieu, quelle horreur !).

- Sur l'adoption :

Pour les talibans déguisés en laïcs, adoption par des couples homos streng verboten. Il vaut mieux en effet des enfants placés à la DDASS, si possible en séparant les frères et les soeurs, que risquer de les voir arriver dans une famille homo qui pourra leur apporter autant d'amour que d'autres familles.

Quand on sait les difficultés pour adopter, véritable parcours du combattant, on se demande en effet s'il ne faut pas être malade pour désirer un enfant à ce point, alors que n'importe quelle famille de cassoces peut en avoir autant qu'elle peut et à tire-larigo, quitte à les élever dans des conditions parfois plus que merdiques, mais les allocs sont là pour pallier au manque d'amour et d'éducation, et personne n'ira jamais leur chercher des poux dans la tête. Et si la situation devient trop craignos pour les gamins, ils pourront toujours être placés à la DDASS, dans les conditions citées plus haut, la boucle sera bouclée et la morale sera sauve. Ouf, tout va bien dans le meilleur des mondes...

- Sur la P.M.A. :

La P.M.A. ne devrait concerner pour l'instant que les seuls couples hétéros (mariés ou non au passage) et les couples de lesbiennes, mais la science avance à grands pas, on ne sait jamais.

Tiens au fait, pour revenir un instant sur les droits DE l'enfant qu'on oppose souvent au droit A l'enfant, que penser d'un système qui occulte totalement le père biologique en cas de P.M.A. et prive ainsi l'enfant du droit de savoir un jour qui a été son géniteur biologique ? Ne parlons pas non plus des enfants nés sous X, pour lesquels la mère biologique est en droit de refuser de donner les inhformations la concernant si l'enfant voulait savoir là aussi d'où il vient. Comme hypocrisie et foutage de gueule, ça se pose là tout de même, mais curieusement, pour les chevaliers blancs du droit des enfants, c'est silence radio sur tout la ligne à ces sujets.

Je trouve plutôt bien que des couples puissent avoir des enfants grâce à la P.M.A., c'est une façon de concrétiser un amour et de laisser une trace de son passage ici bas, en espérant que les futures générations qui se succèderont seront un peu moins connes que les précédentes.

- Sur la G.P.A. :

Aaaahh la G.P.A., le tabou ultime, encore plus "contre-nature" que les transsexuelles, c'est dire à quel point ça fait peur ce machin là. Vous vous rendez compte ? Heureusement, en France, on est très à cheval sur tout ce qui concerne les trucs en rapport avec la bio-éthique. On peut fermer les yeux sur le fait de nourrir des millions de personnes avec de la merde industrielle, là c'est "éthiquement correct", mais on ne badine pas avec le clônage thérapeutique. On ne craint pas de multiplier les OGMs, les pesticides inoffensifs pour l'organisme, qu'il faut pourtant manipuler avec des combinaisons N.R.B.C., tout ça respecte "l'éthiquette", mais hors de question d'autoriser les femmes à devenir des mères porteuses.

L'argument "massue" (comme l'arme favorite des néanderthaliens) consiste à dire que la G.P.A. entraînerait un mercantilisme odieux du corps de la Femme (vous savez, comme dans les pubs, quand la Femme nue sert de faire valoir à une marque de lessive ou un produit à récurer les chiottes) et relèguerait celle-ci à n'être plus qu'un vulgaire utérus sur pattes (ils doivent vraiment fumer de la merde pour avoir ce genre de "vision"...beurk).

C'est un peu le même principe que celui de tous ces "braves gens" qui se préoccupent de la condition féminine en voulant interdire la prostitution (pourtant le plus vieux métier du monde, bien avant le mariage, mais il doit y avoir des "valeurs ancestrales" moins dignes que d'autres).
Mais le plus "comique" reste encore ces gens qui ont été de tous les combats féministes, depuis les années 70 où on brûlait son soutif dans la rue (les connes, c'est si joli parfois) jusqu'à la loi sur l'I.V.G., revendiquant le droit des femmes à disposer librement de leur corps, et qui n'hésitent pas à s'empêtrer dans leurs contradictions en étant contre la G.P.A. Il faut croire là aussi qu'il est sans doute plus éthiquement correct de supprimer une vie que de vouloir la donner pour d'autres...des fois je me demande sur quelle planète je suis.

mercredi 9 janvier 2013

Rendez-vous au dernier carrefour

Janvier 2011 - Janvier 2013...deux ans maintenant que je suis officiellement transsexuelle, l'heure du bilan en quelque sorte. Alors on va récapituler un peu, histoire de remettre tout ça en place et sans trop de digressions, que le plan du parcours ne ressemble pas à celui du métro.

J'ai donc commencé par consulter un psychologue clinicien avant toute chose, et après des années d'errance, de doutes, de questions, après des mois à avoir pesé le pour et le contre avec la femme que j'aime et qui me le rend au centuple. Coup de bol, ce spécialiste des questions trans a confirmé ce que je pensais être, mais qu'il m'aura fallu des années pour découvrir.

Ah oui tiens, au passage, avant tout ça, je pensais que la meilleure façon de règler mon problème serait de disparaître, soit "définitivement", car j'avais mesuré à quel point mon cas était désespéré, soit partiellement, dans une fuite à l'étranger, de l'autre côté de l'Atlantique, en abandonnant tout ce que j'avais pu connaître ici, quitte à ce que là-bas je me retrouve dans le caniveau, mais j'étais déjà arrivée à un tel point de non retour que tout m'était égal à l'époque. Je ne sais plus qui disait que les cas désespérés sont les cas les plus beaux...connerie... les cas les plus désespérés sont les cas les plus tristes et ils alimentent toujours la rubrique des faits divers à un moment donné.

C'est donc grâce à ma femme, qui a refusé de me laisser tomber, que ma vie a pu prendre ce tournant, et que nous avons décidé ensembles d'affronter l'avenir, vaille que vaille. C'est ainsi que le psychologue m'a adressée à une endocrinologue de Nantes qui gère pas mal de trans également, et après les examens et autres bilans de santé nécessaires, j'ai pu avoir accès au traitement hormonal de substitution. Dans le même temps, demande d'ALD par mon médecin traitant et réponse positive trois semaines après, et coming out officiel au boulot, avec les proches, la famille, etc, ainsi que les premières séances d'épilation du visage au laser (jouissif, comme un coup d'élastique à chaque impulsion).

21 mars 2011, première prise d'hormones, à base de progestérone et d'oestrogènes, après avoir écouté les "bons conseils" de celles qui savent mieux et qui recommandent de ne surtout pas prendre d'Androcur (un anti androgène puissant) à cause de ses effets secondaires indésirables, voire dangereux. Après 8 mois de ce traitement, et compte-tenu des résultats médiocres constatés quant à mon évolution physique, j'opte pour le classique Androcur/Estreva le 1er décembre 2011. Premiers vrais changements visibles au bout d'un mois, comme "boostés" par ce nouveau traitement, c'est encourageant (il était temps).

Puis l'année 2012, "mon" année, l'année du Dragon pour les chinois, celle de tous les changements pour mon horoscope, celle de la fin du monde pour les cons qui se sont fait berner par les gourous (comme quoi, il n'y a pas qu'au sein de la "communauté" qu'on en trouve).

Depuis un an, mes cheveux ont poussé, ma famille ne m'accepte pas en grande partie (sauf ma petite soeur, c'est le principal), ma femme a fini par jeter toutes mes fringues de mec, je vis encore en "androgyne" au quotidien, en adoptant des tenues "neutres" mais exclusivement féminines, je prends de plus en plus d'assurance dans mon évolution. Il faut dire que, par choix personnel, à partir du moment où j'ai commencé le parcours, j'ai décidé de ne plus jamais me "déguiser" mais au contraire d'être la plus naturelle possible, même si ça prend du temps avant d'avoir un "passing" acceptable. Je n'ai plus à me "cacher" derrière des tonnes d'artifices, ni à jouer une sorte de "personnage", juste me contenter d'être la personne que je suis, jouer la transparence en somme.

C'est ainsi que le 29 février 2012 exactement (ça ne s'invente pas), les gens me voient pour la première fois en jupe dans la rue et à partir de ce moment, rares seront les fois où je serai en pantalon, et ce au quotidien. Oh bien sûr il y a encore du boulot, mais tant qu'on me dit "madame" dans les magasins, moi ça me va. Et curieusement, depuis ce jour là, je n'ai jamais eu aucun problème, à part des regards en coin quelques fois, mais par rapport à tout ce qu'on peut entendre ou lire sur le net, y compris chez celles qui voulaient me donner des leçons de féminité, je n'ai franchement pas à me plaindre d'une quelconque transphobie à mon égard, et pourtant j'habite un petit village. Le tout est de se fondre dans la masse et se sentir bien dans ses talons, c'est la conclusion que j'en tire.

Parallèlement, je rencontre de plus en plus de gens issus de la "communauté", pour mon plus grand bonheur et mon plus grand malheur à la fois. On y trouve de tout : des gentils, des méchants, des sincères, des gourous, des authentiques, des sales cons, des transphobes même (si si), pour qui on est soi même encore plus transphobe qu'eux, des qui revendiquent des choses intelligentes, des qui revendiquent de véritables conneries, des "stars" médiatiques (dont certaines me décevront énormément), des qui font le trottoir pour vivre (et qui sont bien plus respectables que d'autres), des fantasmeurs, des mythos, des qui souffrent, des qui s'en branlent (dans tous les sens du terme), des poupées gonflables, des poupées gonflantes, des poupées de porcelaine, des intolérants, des naïfs... Bref, on serait officiellement 60.000 personnes trans en France, sans parler de celles qui sont encore au placard, soit en gros une "communauté" composée d'autant d'individualités...bon courage pour fédérer tout ça.
Personnellement, j'ai décidé de suivre le conseil d'une consoeur devenue femme, m'éloigner au maximum de cette "communauté" et ne garder que les ami(e)s. C'est déjà un parcours bien assez compliqué pour s'en rajouter.

Toujours au cours de cette année 2012, j'ai aussi découvert un truc essentiel quand on entreprend une telle démarche : on ne peut être opérée en France qu'à partir du moment où on aura intégré une équipe officielle, soit en commençant tout le protocole avec elle, soit en la rejoignant par la suite. Comme beaucoup, au début j'ai écouté les sirènes de celles qui savent mieux et pour qui ces équipes officielles représentent le Mal absolu à fuir dans tous les cas. Bon, c'est vrai que quand on lit la charte de la SOFECT, qui recommande un suivi psy et une expérience de vie réelle en femme pendant deux ans avant d'avoir accès à tout traitement hormonal, ça peut en décourager plus d'une. J'imagine les réactions si j'avais dû me pointer au taf du jour au lendemain en "total look", sans même encore savoir si j'avais fait le bon choix, pour qu'on finisse par me dire ensuite que je n'étais pas trans. Bonjour la transition en douceur. Celà dit, j'ai une collègue qui a opté pour cette solution, quand moi j'ai choisi de l'annoncer avant tout changement visible, histoire de préparer les gens, et finalement elle n'a pas plus été emmerdée que moi, alors bon...

Parce qu'il y a quand même une chose à comprendre, c'est qu'on n'entame pas un tel parcours sans au minimum s'être posé les bonnes questions et avoir envisagé toutes les éventualités, vu les bouleversements que ça va engendrer à tous les niveaux. Moi perso je ne pouvais pas imaginer commencer le parcours total sans avoir au moins la "garantie" de ne pas m'être trompée et de tout arrêter en cours de route, ça implique trop de choses. Alors oui j'ai eu peur de ce fameux protocole, comme beaucoup, alors qu'en fait il insiste juste sur "l'engagement" qu'on est prête à accepter pour aller jusqu'au bout. Aujourd'hui je sais que je ne me suis pas trompée, en dépit des difficultés, mais avant de franchir le pas je n'étais encore sûre de rien à 100%, et l'enjeu était trop important pour que je me fourvoie encore dans une voie qui aurait pu ne pas être mienne. 40 ans de questions sans réponse, je n'allais pas trouver la Vérité en 5 minutes, sur un simple coup de tête.

Mais seulement voilà, la voie que j'avais choisie, pensant faire les choses dans les règles, ne me donnait qu'une possibilité : celle de pouvoir être opérée à l'étranger. Or il se trouve que si, chez certaines, cette opération n'est pas forcément envisagée au début, pour moi elle était incontournable, et désirée dès le départ, ou alors ce n'était pas la peine de commencer. Là aussi tout ça se prépare, et je me voyais difficilement vouloir devenir femme en gardant mes attributs masculins. Ou alors ce n'est pas la peine de prendre des hormones et commencer le parcours en sachant que l'opération ne sera qu'une option facultative, il y a plus rapide et moins contraignant pour avoir des seins et une apparence féminine, sauf que ça ne me correspondait pas.

Donc j'apprends que finalement je n'ai pas d'autre choix que la Thaïlande, le Canada ou la Belgique, sans avoir vraiment d'idée sur ce qui m'attendra là-bas, les résultats, le suivi, etc, et les quelques témoignages que je peux recueillir ne me rassurent pas plus que ça. Pour certaines, c'est le nec plus ultra, pour d'autres, tout est relatif, et pour d'autres encore, il y a pas mal de "ratages". Bref, je suis bien emmerdée, d'autant que si je bénéficie de l'ALD31, je me demande finalement à quoi sert ce régime spécial si je dois aller me faire opérer ailleurs. D'un côté la société reconnaît officiellement mon statut de transsexuelle avec cette prise en charge, et de l'autre elle m'envoie chez Plumeau où un simple mot du médecin suffit, et en exagérant un chouille, où je pourrai me faire poser un néo-vagin ou encore me faire greffer une paire de cornes sur le front. Quand on voit des cas comme la femme chat ou Lolo Ferrari, je ne pense pas qu'un psy aurait validé de telles choses, et encore moins la sécu. Parce que là on n'est pas dans le "body art", où chacun peut faire ce qu'il veut de son corps avec un gros chèque et un doigt d'honneur aux psys qui n'ont pas leur mot à dire. En fait, c'est ce côté "je prends l'avion et je reviens 15 jours après avec un minou tout neuf" qui me gène un peu. En gros, comme si n'importe qui pouvait faire n'importe quoi par simple "caprice", comme cette femme qui veut être le sosie de la poupée Barbie. Avec les équipes officielles c'est beaucoup plus encadré, vu que chaque cas est examiné en commission et qu'il y a une vraie "légitimité" une fois le dossier accepté. C'est comme ça que je vois les choses.

Alors bon, je reste quelques semaines sans trop savoir quoi faire et vers qui me tourner, pensant devoir tout recommencer à zéro, lorsque je fais la connaissance d'une jeune consoeur qui a débuté le parcours en "free lance" et qui a ensuite intégré l'équipe de Bordeaux en cours de route. Elle me conseille d'en faire autant. De toutes façons, si je dois encore attendre deux ans comme le prévoit le protocole SOFECT, autant ne plus perdre de temps, alors j'y vais. 1er rendez-vous avec la psy de l'équipe en juillet. J'oublie les "bons conseils" de quelques gourous qui me recommandent de dire aux psys ce qu'ils veulent entendre et je choisis plutôt la vérité, ce que j'ai toujours fait depuis le début. Et puis il ne faut pas croire qu'on peut berner ces équipes en leur racontant des conneries ou en disant les mêmes choses que les autres, personne n'est dupe, je le tiens du chef de service de Bordeaux.

"La Vérité vous délivrera." (St Jean). Vous savez quoi ? Ben il avait raison, le gars, vu qu'au deuxième rendez-vous en septembre, j'apprends que mon dossier sera examiné à la commission de décembre et que je peux d'ores et déjà prendre contact avec le chirurgien, ce qui balaye mes craintes et toutes les conneries que j'ai pu entendre sur ces équipes. Mon dossier est accepté à l'issue de cette commission, ce qui doit en enquiquiner pas mal de la "communauté", car je n'y ai pas que des amis, mais je m'en fous. Je serai donc opérée en 2013, ainsi que mon amie, dont le dossier est passé également. Joyeux Noël et bonne année ma soeur, on a fini par y arriver et on est presqu'au bout du voyage...

Voilà donc où j'en suis, après deux ans de parcours, des hauts et des bas, des joies et des peines... Bientôt le saut de l'ange et la délivrance, même si peu de gens le comprennent ainsi, parce que celà aurait dû être ma vie et que celà le sera enfin...

mardi 28 août 2012

Scandale mélancolique

On me dit parfois comme ça : "j'aime bien votre petit couple de lesbiennes" (ça démarre fort). Ce à quoi je réponds généralement : "tu veux dire notre couple tout court ?" Nan, je dis ça, c'est parce que si j'étais cisgenre en couple avec une femme, donc un couple hétéro tout ce qu'il y a de plus classique, les gens ne diraient pas : "j'aime bien votre petit couple d'hétéros". Pourquoi toujours vouloir préciser la "nature" du couple, dès l'instant où le couple en question sort un peu des sentiers battus ?

Si je sais que Robert* et Gérard* sont en couple ou que Nathalie* et Sylvie* sont ensembles, je ne vais pas me sentir obligée de rajouter "gay" ou "lesbien" à chaque fois que je vais parler d'eux (* personnages entièrement fictifs, pas la peine de commencer à regarder vos voisins ou vos collègues de bureau de travers). En ces temps de crise budgétaire et de réchauffement climatique, économiser sa salive et limiter les émissions  de gaz à effet de serre est un geste citoyen.

Mais pour en revenir à mon couple, même si, une fois opérée et en ayant obtenu mon changement d'état-civil, je deviendrai de facto une femme avec une femme (moi qui n'ai jamais eu de Mécano, c'est un comble), le côté "sulfureux" et fantasmé de ce que le mot "lesbiennes" évoque m'enquiquine un peu. Pour la plupart des gens que je connais, un couple de lesbiennes se traduit bien souvent par ça :



Bon ok, c'est joli à regarder, sexy en diable et tout ce qu'on veut, mais ça reste tout de même un cliché "réservé" à un public averti, voire inverti et plus si affinités, et même si je rêverais d'avoir idéalement le physique de l'une d'elles, sans être tout à fait sexe, ça a quand-même un certain cousinage.
Il est vrai que tout ce qui concerne les LGB en général est plutôt revendicatif d'une forme de sexualité, à croire que les couples LGB ne passeraient leur temps qu'à ça (z'ont bien de la chance si c'est le cas, au passage). Ils ne font jamais les courses, le ménage, tondre la pelouse au lieu de la brouter ? (oui bon là ok j'en rajoute). Ce que je veux dire, c'est que les couples LGB ne font ni plus ni moins que les autres couples mais qu'il y aura toujours cette résilience d'images de filles couchées sur papier glacé qui s'imposera. Quand on évoque un couple hétéro, y a-t'il systématiquement l'image d'un homme et d'une femme faisant l'amour qui s'inscrit en filigrane ? Poser la question c'est déjà y répondre.

Mais bon, tout ce qui précède n'était qu'un préambule (j'allais dire une mise en bouche mais on aurait encore jasé), car le propos du jour se situe à un tout autre niveau que celui des esthètes de noeuds, mais il fallait bien attirer le chaland :)

En fait, je voulais vous faire part d'une théorie à laquelle j'ai réfléchi (un peu seulement, faut pas pousser) et qui fait qu'un doute m'habite, une angoisse m'étreint, une question existentielle me taraude...et si  tout ça n'avait aucun sens ? Je veux bien sûr parler du changement...d'état civil. Je m'explique.

Mettons que je finisse par me faire opérer un beau jour, et qu'après avoir informé la terre entière de mes éventuelles pertes blanches et avoir signalé sur tous les réseaux sociaux que je faisais correctement mes dilatations (le toucher rectal pour les hémoroïdes a beaucoup moins de succès, allez savoir pourquoi), je décide comme ça de faire modifier mon état civil, histoire d'apporter la touche finale à mon parcours et être enfin en phase totale avec ce que j'ai toujours voulu être. J'entame alors une longue et coûteuse procédure, tout comme pour Robert Moncul ou Humphrey Bainfuffer, jusqu'à l'obtention du précieux sésame, qui m'évitera à l'avenir d'avoir à expliquer aux forces de l'ordre que ce n'est pas le permis de conduire de mon mari que je leur présente lors du contrôle.

Me voici donc devenue officiellement Carolyne. Bien...
Et c'est là en fait que tout part en quenouille, si vous me passez l'expression. En effet, le jour où j'ai enfin une existence légale et administrative, que se passe-t'il ?
Je renie totalement mon passé de mec puisque mon extrait d'acte de naissance sera intégralement modifié. En l'espèce, ça mentionnera un truc du genre : le 15 mai blablabla est née Carolyne, de sexe féminin, etc... ce qui est totalement faux (ou sinon je ne me serais pas emmerdée à suivre un parcours trans, faut être logique). De plus, qu'on le veuille ou non, le jour de mon extrait de naissance initial, mes parents ont bien donné naissance à un garçon, eu égard aux archives de la maternité de l'hôpital, sans aller chercher plus loin.

On se trouve donc dans un cas de figure où les registres de l'état civil commettent quelque part un faux en écriture, mais surtout dans une situation quasi ubuesque pour ne pas dire kafkaïenne, si on y songe un instant. Imaginons par exemple qu'au cours de mon ancienne vie j'aie contracté des maladies spécifiquement liées à une forme d'andropathie (orchidopexie, phymosis, etc) et qu'au cours des diverses interventions médicales je me sois choppée des infections nosocomiales qui aient été à l'origine d'une invalidité permanente (oui je sais je cherche les petites bêtes, mais si vous saviez tout ce qu'on trouve dans les draps des hôpitaux). Je me vois bien aller expliquer à la commission, lors du renouvellement de mon invalidité tous les 5 ans, que ma cystite chronique est survenue pendant qu'on me coupait la chique...

Plus "perturbant" encore : je suis mariée, j'ai des enfants, mon acte de mariage également modifié mentionne que Carolyne a de fait épousé une autre femme (encore prématuré mais ça vient, ça vient...) et que de leur union sont nés X et Y. Si le cas peut être facilement envisagé au sein d'un couple de deux femmes, la chose me paraît beaucoup plus improbable administrativement lorsqu'il s'agit d'un couple gay dont l'un des deux fût pourtant un FtM par exemple. X et Y nés de Robert et Gérard, la médecine ne le permet pas encore, et je plains d'avance X et Y qui auront à fournir un tel extrait d'acte de naissance pour l'obtention de tel ou tel document. A un moment donné, il faut pouvoir rester crédible, si ce n'est pour soi, au moins pour les autres.

Je sais que, pour la plupart des trans, ce changement radical d'état-civil est souhaité et que ça ne leur pose aucun problème qu'on travestisse ainsi la réalité. Moi je veux bien, mais je trouve que ça laisse tout de même un je ne sais quoi de bizarre. En exagérant un brin, voire une grosse touffe, je dirais même que ça peut conduire à une certaine forme de schizophrénie, parce que si du coup Carolyne est née il y a plus de 40 ans, il va bien falloir remplir quelques cases de souvenirs, à moins de jouer l'amnésie.
Seulement ces souvenirs n'auront jamais existé que dans l'imaginaire. On va ainsi devoir  s'inventer une vie qu'on n'aura pas eue de toutes façons, entre l'âge des premières règles, les parties de colin-maillard ou d'élastique à la récré, les premiers flirts dans la grange sur la paille avec le cousin Mathieu ou même la cousine Séraphine, avoir de bonnes raisons pour expliquer l'absence totale de photos de classe, etc, la liste est longue.

En fait je pense que le changement d'identité implique trois façons de l'appréhender :
-soit on considère qu'on "nait" à partir du jour où on devient officiellement Mme et que tout ce qui précède n'a jamais existé ou qu'on l'a oublié.
-soit on réécrit l'histoire à partir de son début en changeant les personnages et tout ce qui précédait ne sera plus oublié mais radicalement falsifié et n'aura donc jamais pu exister.
- soit on ne change rien à l'histoire originelle et on mentionne juste le changement survenu par la suite, ce qui me paraît le plus naturel et le moins déroutant psychologiquement.

Dans le premier cas, on commence à vivre assez tard (ce qui est un peu con) et puis en plus, Carolyne née de l'union de Mr. Bistouri et de Mme Pince à clamper, c'est pas très glamour sur l'extrait d'acte de naissance. De plus, ça a un côté un peu parano d'éradiquer d'un trait toute une vie je trouve.

Dans le deuxième cas, c'est carrément la vie de quelqu'un d'autre et même si on peut regretter idéalement que ça ne soit pas celle qu'on a eue, ça reste fantasmatique, et sans être tout à fait une forme de schizophrénie légère, ça en a un peu l'apparence.

Dans le troisième cas, c'est le plus authentique et le plus honnête, même si effectivement on aurait préféré que ça se déroule suivant le scénario du 2ème cas, mais au moins on ne vire pas schizo ou mytho.
L'ennui, c'est qu'apparemment l'administration ne laisse pas le choix dans la date et que seul le deuxième cas est retenu, ce que je trouve un peu dommage car finalement ça entretient les gens dans le déni et le virtuel...ça valait bien la peine de franchir tous les obstacles psys pour finir par en arriver là. Je finirai donc "schizophrène" puisque l'administration en aura décidé ainsi (ça va être commode, moi qui n'ai aucune imagination et la mémoire d'un poisson rouge).

Remarque, je pourrai toujours me baser sur certains "témoignages" qu'on peut lire parfois sur le net pour m'inventer cette vie. Ah oui mais non, suis-je bête, là on ne parle plus de vie idéale de transsexuelles, entre les bonnes copines du collège qui invitent toujours à des anniversaires déguisés et pour lesquels il y a toujours la panoplie à disposition, perruque comprise, ou bien encore ces vendeuses de magasins de lingerie qui se montrent d'un professionnalisme hors pair(es), allant jusqu'à pousser le dévouement au point de s'enfermer avec vous dans la cabine d'essayage en vous disant "ma chérie"...j'adore ces témoignages qu'on lit d'une main...enfin bon, tout ça c'était avant le drame.

Nan paske là il me faut une vraie vie de femme bio, depuis la naissance jusqu'à maintenant, incluant tout aussi bien ma première poupée Barbie que mon premier orgasme vaginal. J'avoue que j'aurai un peu de mal à placer mon année de service militaire ou mon orchidopexie au milieu de tout ça mais globalement je devrais m'en sortir. N'empêche, je trouve cette procédure un peu limite, parce que si j'ai passé la majeure partie de ma vie à rêver de la vie que j'aurais dû avoir, ce n'est pas une fois que je me serai réalisée qu'il faudra que je continue à le faire. J'aimerais bien pouvoir avoir le droit de choisir de conserver ou pas ma vie d'avant, même si celle-ci n'a pas été idéalement celle qu'elle aurait dû être. Non pas que j'éprouve quelque crainte ou une quelconque idée de renoncement à changer de vie, je sais exactement où je veux aller et ce que je veux devenir, et ce n'est pas non plus une sorte de regret de devoir abandonner cette vie d'avant, non, c'est juste une question de logique et de bon sens.

Entendons-nous bien : le jour où je serai officiellement et physiquement devenue une femme sera le plus beau jour de ma vie, si l'on excepte celui où j'ai rencontré ma femme, mais il ne faut pas se raconter d'histoires et se mettre à vivre dans un déni de réalité constant. Je ne vais pas retoucher toutes les photos de ma période d'avant mon changement, modifier tous mes contrats de travail, demander la rectification de mes moindres factures de caramels mous ou ce genre de conneries. La seule concession que je m'autoriserai sera de ne pas obligatoirement me promener dans la rue avec une pancarte mentionnant mon ancien statut, mais si j'assume mon état présent et à venir, j'assume tout aussi bien mon passé, même si idéalement ce passé aurait pu être différent si la Nature m'en avait laissé le choix.

Vraiment pas facile la vie des trans...