lundi 14 janvier 2013

La ruelle des morts

La manif des intolérants haineux du week-end dernier et leurs "arguments" et slogans creux m'ont amenée à quelques réflexions que je vous livre comme ça.

- Sur le droit au mariage pour tous :

Entre les fanatiques qui considèrent encore le mariage civil comme "sacré" et qui doivent toujours vivre avant 1905, et les "braves gens" pour qui "les homos ont déjà le PACS, ça leur suffit bien", ainsi que ceux qui souhaiteraient une sorte de "mix" entre ce PACS et le mariage, mais surtout pas le même contrat que le mariage, je trouve qu'ils ne vont pas encore assez loin.

Je serais eux, je proposerais carrément des places à part dans les transports en commun, des toilettes publiques séparées, et soyons folle, des ghettos avec barbelés et miradors. Il ne faut pas être si frileux, les gars, un peu d'audace, que diable !

Il faut juste savoir que le PACS ne donne pas les mêmes droits au couple et à chaque conjoint que le mariage, notament en cas de décès de l'un d'eux (héritage, conservation du patrimoine commun, droits sur les enfants, etc). Et puis c'est quoi cette volonté affichée de vouloir à tout prix inventer des nouveaux bidules pour les homos, quand il y a déjà des textes en vigueur ? Alors ce n'est pas la peine de jouer les faux-culs devant les caméras en affirmant, la main sur le coeur, que les homos sont des citoyens à part entière, quand on fait tout pour vouloir en faire des sous-citoyens entièrement à part.

- Sur la "Famille" :

"La famille c'est une maman, un papa, et un ou plusieurs enfants !" Ca va faire plaisir aux mères et aux pères célibataires, aux couples homos qui de fait forment déjà des familles avec enfants quand ils les ont eu avant, aux couples stériles, aux familles recomposées, aux enfants élevés par les grand-parents, bref, à tous ceux qui ne correspondent pas au "modèle" vanté par les visiteurs venus d'un autre âge.

Allez chiche, on supprime les allocations "familiales" à tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule, vu que ce ne sont pas vraiment des familles en somme, et on annule tous les mariages des couples stériles.
A ce sujet, il y a toujours eu un truc que je n'ai jamais compris dans le Code Civil. Quand on passe devant le maire, à un moment il y a un article qui dit comme ça : "les parents pourvoient à l'éducation des enfants". Lesquels ?
Parce qu'en théorie, si on ne vit pas dans le pêché (lol), au moment du mariage les enfants n'existent pas (à moins que ce soient ceux des voisins ?). C'est tout de même curieux qu'on puisse affirmer péremptoirement que le mariage entraînera obligatoirement d'avoir des enfants et ça me semble un tantinet prématuré, voire carrément un vice en droit, puisqu'on évoque un truc qui n'existe pas au moment de la signature du contrat. Ce côté "c'est écrit" me gène un peu, Un peu comme dans le film "Minority reports" où on prévoit à l'avance les futures exactions des citoyens qui sont préventivement emprisonnés. Bon ok, je chipote, mais après tout ce que j'ai pu entendre comme conneries lors de cette manif, j'ai le droit de me lâcher un peu moi aussi.

- Sur le droit des enfants :

On en aura parlé des enfants ce week-end, il y en avait même plein dans la manif. Avec ce genre de pancartes, c'est sûr que l'innocence de l'enfance est préservée, ah mais !

En direct de la manif, Virginie, 8 ans : "Dis papa, c'est quoi la sodomie ?"

Quoi qu'ils auront tellement entendu de saloperies dans les slogans, qu'un peu plus, un peu moins... Je me demande au passage si ce genre de truc ne relève pas du Code Pénal sur la protection des mineurs en matière de pornographie et ne serait pas répréhensible. Je dis ça, je ne dis rien, je laisse le soin aux juristes d'en décider.

Mais sur le fond de l'affaire, je ne vois pas en quoi le droit des enfants serait en cause, qu'ils soient dans des familles hétéros, mono-parentales ou homo-parentales. Je dirais même au contraire que donner la possibilité aux enfants élevés dans des familles mono-parentales ou homo-parentales d'avoir les mêmes droits que ceux élevés par des familles hétéros devrait être tout à l'honneur d'un grand pays civilisé ayant le mot "égalité" dans sa devise et la déclaration universelle des droits de l'Homme en préambule de sa constitution.

De plus, l'argument totalement fantasmé et scandaleux qui consiste à dire que des enfants élevés par des couples homos seraient plus exposés à des carences affectives, psychiques ou cognitives, ou à la perversité (rien que ça) des gens qui les aiment comme n'importe quelle autre famille dite "normale", est mis en pièce par les études faites à ce sujet depuis 70 ans (eh oui). Ou alors, autant dire que tous les couples hétéros sont coupables à priori d'inceste et de maltraitance enfantine, puisque les seuls faits avérés de ce genre de choses sont à chaque fois commis au sein des familles "normales". Donc tous les prêtres sont pédophiles, dans le même amalgame...

Quant au fait de prédire que les enfants élevés par des homos deviendraient fatalement homos à leur tour, voilà un argument qui fleure bon l'eugénisme. Je rappellerai juste qu'à ce jour, la majorité des enfants devenus homos ensuite ou dès leur plus jeune âge ont majoritairement grandi dans des familles hétéros, donc en toute logique populacière, le modèle de la famille hétéro "fabrique" plus d'homos que les autres...c'est inquiétant ça, Mr. Civitas...

En fait, le seul risque pour des enfants élevés par des couples homos serait de subir les railleries de leurs camarades à l'école, au même titre que des enfants roux, obèses, handicapés, différents de la moyenne en résumé, preuve qu'il reste encore beaucoup à faire en matière d'éducation et d'ouverture d'esprit.

Ah oui, j'allais oublier, je trouve toujours savoureux de profiter des leçons de sciences naturelles ou d'éducation sexuelle ("pas d'ovules dans les testicules" et autres niaiseries du genre) données par des gens dont la religion se base sur la naissance d'un prophète issu d'une vierge...abracadabra...et hop, sans les mains...ou alors a-t'elle eu recours à la P.M.A. ? On peut aussi se poser la question des rôles tenus par l'âne et le boeuf tant qu'on y est (mon dieu, quelle horreur !).

- Sur l'adoption :

Pour les talibans déguisés en laïcs, adoption par des couples homos streng verboten. Il vaut mieux en effet des enfants placés à la DDASS, si possible en séparant les frères et les soeurs, que risquer de les voir arriver dans une famille homo qui pourra leur apporter autant d'amour que d'autres familles.

Quand on sait les difficultés pour adopter, véritable parcours du combattant, on se demande en effet s'il ne faut pas être malade pour désirer un enfant à ce point, alors que n'importe quelle famille de cassoces peut en avoir autant qu'elle peut et à tire-larigo, quitte à les élever dans des conditions parfois plus que merdiques, mais les allocs sont là pour pallier au manque d'amour et d'éducation, et personne n'ira jamais leur chercher des poux dans la tête. Et si la situation devient trop craignos pour les gamins, ils pourront toujours être placés à la DDASS, dans les conditions citées plus haut, la boucle sera bouclée et la morale sera sauve. Ouf, tout va bien dans le meilleur des mondes...

- Sur la P.M.A. :

La P.M.A. ne devrait concerner pour l'instant que les seuls couples hétéros (mariés ou non au passage) et les couples de lesbiennes, mais la science avance à grands pas, on ne sait jamais.

Tiens au fait, pour revenir un instant sur les droits DE l'enfant qu'on oppose souvent au droit A l'enfant, que penser d'un système qui occulte totalement le père biologique en cas de P.M.A. et prive ainsi l'enfant du droit de savoir un jour qui a été son géniteur biologique ? Ne parlons pas non plus des enfants nés sous X, pour lesquels la mère biologique est en droit de refuser de donner les inhformations la concernant si l'enfant voulait savoir là aussi d'où il vient. Comme hypocrisie et foutage de gueule, ça se pose là tout de même, mais curieusement, pour les chevaliers blancs du droit des enfants, c'est silence radio sur tout la ligne à ces sujets.

Je trouve plutôt bien que des couples puissent avoir des enfants grâce à la P.M.A., c'est une façon de concrétiser un amour et de laisser une trace de son passage ici bas, en espérant que les futures générations qui se succèderont seront un peu moins connes que les précédentes.

- Sur la G.P.A. :

Aaaahh la G.P.A., le tabou ultime, encore plus "contre-nature" que les transsexuelles, c'est dire à quel point ça fait peur ce machin là. Vous vous rendez compte ? Heureusement, en France, on est très à cheval sur tout ce qui concerne les trucs en rapport avec la bio-éthique. On peut fermer les yeux sur le fait de nourrir des millions de personnes avec de la merde industrielle, là c'est "éthiquement correct", mais on ne badine pas avec le clônage thérapeutique. On ne craint pas de multiplier les OGMs, les pesticides inoffensifs pour l'organisme, qu'il faut pourtant manipuler avec des combinaisons N.R.B.C., tout ça respecte "l'éthiquette", mais hors de question d'autoriser les femmes à devenir des mères porteuses.

L'argument "massue" (comme l'arme favorite des néanderthaliens) consiste à dire que la G.P.A. entraînerait un mercantilisme odieux du corps de la Femme (vous savez, comme dans les pubs, quand la Femme nue sert de faire valoir à une marque de lessive ou un produit à récurer les chiottes) et relèguerait celle-ci à n'être plus qu'un vulgaire utérus sur pattes (ils doivent vraiment fumer de la merde pour avoir ce genre de "vision"...beurk).

C'est un peu le même principe que celui de tous ces "braves gens" qui se préoccupent de la condition féminine en voulant interdire la prostitution (pourtant le plus vieux métier du monde, bien avant le mariage, mais il doit y avoir des "valeurs ancestrales" moins dignes que d'autres).
Mais le plus "comique" reste encore ces gens qui ont été de tous les combats féministes, depuis les années 70 où on brûlait son soutif dans la rue (les connes, c'est si joli parfois) jusqu'à la loi sur l'I.V.G., revendiquant le droit des femmes à disposer librement de leur corps, et qui n'hésitent pas à s'empêtrer dans leurs contradictions en étant contre la G.P.A. Il faut croire là aussi qu'il est sans doute plus éthiquement correct de supprimer une vie que de vouloir la donner pour d'autres...des fois je me demande sur quelle planète je suis.

mercredi 9 janvier 2013

Rendez-vous au dernier carrefour

Janvier 2011 - Janvier 2013...deux ans maintenant que je suis officiellement transsexuelle, l'heure du bilan en quelque sorte. Alors on va récapituler un peu, histoire de remettre tout ça en place et sans trop de digressions, que le plan du parcours ne ressemble pas à celui du métro.

J'ai donc commencé par consulter un psychologue clinicien avant toute chose, et après des années d'errance, de doutes, de questions, après des mois à avoir pesé le pour et le contre avec la femme que j'aime et qui me le rend au centuple. Coup de bol, ce spécialiste des questions trans a confirmé ce que je pensais être, mais qu'il m'aura fallu des années pour découvrir.

Ah oui tiens, au passage, avant tout ça, je pensais que la meilleure façon de règler mon problème serait de disparaître, soit "définitivement", car j'avais mesuré à quel point mon cas était désespéré, soit partiellement, dans une fuite à l'étranger, de l'autre côté de l'Atlantique, en abandonnant tout ce que j'avais pu connaître ici, quitte à ce que là-bas je me retrouve dans le caniveau, mais j'étais déjà arrivée à un tel point de non retour que tout m'était égal à l'époque. Je ne sais plus qui disait que les cas désespérés sont les cas les plus beaux...connerie... les cas les plus désespérés sont les cas les plus tristes et ils alimentent toujours la rubrique des faits divers à un moment donné.

C'est donc grâce à ma femme, qui a refusé de me laisser tomber, que ma vie a pu prendre ce tournant, et que nous avons décidé ensembles d'affronter l'avenir, vaille que vaille. C'est ainsi que le psychologue m'a adressée à une endocrinologue de Nantes qui gère pas mal de trans également, et après les examens et autres bilans de santé nécessaires, j'ai pu avoir accès au traitement hormonal de substitution. Dans le même temps, demande d'ALD par mon médecin traitant et réponse positive trois semaines après, et coming out officiel au boulot, avec les proches, la famille, etc, ainsi que les premières séances d'épilation du visage au laser (jouissif, comme un coup d'élastique à chaque impulsion).

21 mars 2011, première prise d'hormones, à base de progestérone et d'oestrogènes, après avoir écouté les "bons conseils" de celles qui savent mieux et qui recommandent de ne surtout pas prendre d'Androcur (un anti androgène puissant) à cause de ses effets secondaires indésirables, voire dangereux. Après 8 mois de ce traitement, et compte-tenu des résultats médiocres constatés quant à mon évolution physique, j'opte pour le classique Androcur/Estreva le 1er décembre 2011. Premiers vrais changements visibles au bout d'un mois, comme "boostés" par ce nouveau traitement, c'est encourageant (il était temps).

Puis l'année 2012, "mon" année, l'année du Dragon pour les chinois, celle de tous les changements pour mon horoscope, celle de la fin du monde pour les cons qui se sont fait berner par les gourous (comme quoi, il n'y a pas qu'au sein de la "communauté" qu'on en trouve).

Depuis un an, mes cheveux ont poussé, ma famille ne m'accepte pas en grande partie (sauf ma petite soeur, c'est le principal), ma femme a fini par jeter toutes mes fringues de mec, je vis encore en "androgyne" au quotidien, en adoptant des tenues "neutres" mais exclusivement féminines, je prends de plus en plus d'assurance dans mon évolution. Il faut dire que, par choix personnel, à partir du moment où j'ai commencé le parcours, j'ai décidé de ne plus jamais me "déguiser" mais au contraire d'être la plus naturelle possible, même si ça prend du temps avant d'avoir un "passing" acceptable. Je n'ai plus à me "cacher" derrière des tonnes d'artifices, ni à jouer une sorte de "personnage", juste me contenter d'être la personne que je suis, jouer la transparence en somme.

C'est ainsi que le 29 février 2012 exactement (ça ne s'invente pas), les gens me voient pour la première fois en jupe dans la rue et à partir de ce moment, rares seront les fois où je serai en pantalon, et ce au quotidien. Oh bien sûr il y a encore du boulot, mais tant qu'on me dit "madame" dans les magasins, moi ça me va. Et curieusement, depuis ce jour là, je n'ai jamais eu aucun problème, à part des regards en coin quelques fois, mais par rapport à tout ce qu'on peut entendre ou lire sur le net, y compris chez celles qui voulaient me donner des leçons de féminité, je n'ai franchement pas à me plaindre d'une quelconque transphobie à mon égard, et pourtant j'habite un petit village. Le tout est de se fondre dans la masse et se sentir bien dans ses talons, c'est la conclusion que j'en tire.

Parallèlement, je rencontre de plus en plus de gens issus de la "communauté", pour mon plus grand bonheur et mon plus grand malheur à la fois. On y trouve de tout : des gentils, des méchants, des sincères, des gourous, des authentiques, des sales cons, des transphobes même (si si), pour qui on est soi même encore plus transphobe qu'eux, des qui revendiquent des choses intelligentes, des qui revendiquent de véritables conneries, des "stars" médiatiques (dont certaines me décevront énormément), des qui font le trottoir pour vivre (et qui sont bien plus respectables que d'autres), des fantasmeurs, des mythos, des qui souffrent, des qui s'en branlent (dans tous les sens du terme), des poupées gonflables, des poupées gonflantes, des poupées de porcelaine, des intolérants, des naïfs... Bref, on serait officiellement 60.000 personnes trans en France, sans parler de celles qui sont encore au placard, soit en gros une "communauté" composée d'autant d'individualités...bon courage pour fédérer tout ça.
Personnellement, j'ai décidé de suivre le conseil d'une consoeur devenue femme, m'éloigner au maximum de cette "communauté" et ne garder que les ami(e)s. C'est déjà un parcours bien assez compliqué pour s'en rajouter.

Toujours au cours de cette année 2012, j'ai aussi découvert un truc essentiel quand on entreprend une telle démarche : on ne peut être opérée en France qu'à partir du moment où on aura intégré une équipe officielle, soit en commençant tout le protocole avec elle, soit en la rejoignant par la suite. Comme beaucoup, au début j'ai écouté les sirènes de celles qui savent mieux et pour qui ces équipes officielles représentent le Mal absolu à fuir dans tous les cas. Bon, c'est vrai que quand on lit la charte de la SOFECT, qui recommande un suivi psy et une expérience de vie réelle en femme pendant deux ans avant d'avoir accès à tout traitement hormonal, ça peut en décourager plus d'une. J'imagine les réactions si j'avais dû me pointer au taf du jour au lendemain en "total look", sans même encore savoir si j'avais fait le bon choix, pour qu'on finisse par me dire ensuite que je n'étais pas trans. Bonjour la transition en douceur. Celà dit, j'ai une collègue qui a opté pour cette solution, quand moi j'ai choisi de l'annoncer avant tout changement visible, histoire de préparer les gens, et finalement elle n'a pas plus été emmerdée que moi, alors bon...

Parce qu'il y a quand même une chose à comprendre, c'est qu'on n'entame pas un tel parcours sans au minimum s'être posé les bonnes questions et avoir envisagé toutes les éventualités, vu les bouleversements que ça va engendrer à tous les niveaux. Moi perso je ne pouvais pas imaginer commencer le parcours total sans avoir au moins la "garantie" de ne pas m'être trompée et de tout arrêter en cours de route, ça implique trop de choses. Alors oui j'ai eu peur de ce fameux protocole, comme beaucoup, alors qu'en fait il insiste juste sur "l'engagement" qu'on est prête à accepter pour aller jusqu'au bout. Aujourd'hui je sais que je ne me suis pas trompée, en dépit des difficultés, mais avant de franchir le pas je n'étais encore sûre de rien à 100%, et l'enjeu était trop important pour que je me fourvoie encore dans une voie qui aurait pu ne pas être mienne. 40 ans de questions sans réponse, je n'allais pas trouver la Vérité en 5 minutes, sur un simple coup de tête.

Mais seulement voilà, la voie que j'avais choisie, pensant faire les choses dans les règles, ne me donnait qu'une possibilité : celle de pouvoir être opérée à l'étranger. Or il se trouve que si, chez certaines, cette opération n'est pas forcément envisagée au début, pour moi elle était incontournable, et désirée dès le départ, ou alors ce n'était pas la peine de commencer. Là aussi tout ça se prépare, et je me voyais difficilement vouloir devenir femme en gardant mes attributs masculins. Ou alors ce n'est pas la peine de prendre des hormones et commencer le parcours en sachant que l'opération ne sera qu'une option facultative, il y a plus rapide et moins contraignant pour avoir des seins et une apparence féminine, sauf que ça ne me correspondait pas.

Donc j'apprends que finalement je n'ai pas d'autre choix que la Thaïlande, le Canada ou la Belgique, sans avoir vraiment d'idée sur ce qui m'attendra là-bas, les résultats, le suivi, etc, et les quelques témoignages que je peux recueillir ne me rassurent pas plus que ça. Pour certaines, c'est le nec plus ultra, pour d'autres, tout est relatif, et pour d'autres encore, il y a pas mal de "ratages". Bref, je suis bien emmerdée, d'autant que si je bénéficie de l'ALD31, je me demande finalement à quoi sert ce régime spécial si je dois aller me faire opérer ailleurs. D'un côté la société reconnaît officiellement mon statut de transsexuelle avec cette prise en charge, et de l'autre elle m'envoie chez Plumeau où un simple mot du médecin suffit, et en exagérant un chouille, où je pourrai me faire poser un néo-vagin ou encore me faire greffer une paire de cornes sur le front. Quand on voit des cas comme la femme chat ou Lolo Ferrari, je ne pense pas qu'un psy aurait validé de telles choses, et encore moins la sécu. Parce que là on n'est pas dans le "body art", où chacun peut faire ce qu'il veut de son corps avec un gros chèque et un doigt d'honneur aux psys qui n'ont pas leur mot à dire. En fait, c'est ce côté "je prends l'avion et je reviens 15 jours après avec un minou tout neuf" qui me gène un peu. En gros, comme si n'importe qui pouvait faire n'importe quoi par simple "caprice", comme cette femme qui veut être le sosie de la poupée Barbie. Avec les équipes officielles c'est beaucoup plus encadré, vu que chaque cas est examiné en commission et qu'il y a une vraie "légitimité" une fois le dossier accepté. C'est comme ça que je vois les choses.

Alors bon, je reste quelques semaines sans trop savoir quoi faire et vers qui me tourner, pensant devoir tout recommencer à zéro, lorsque je fais la connaissance d'une jeune consoeur qui a débuté le parcours en "free lance" et qui a ensuite intégré l'équipe de Bordeaux en cours de route. Elle me conseille d'en faire autant. De toutes façons, si je dois encore attendre deux ans comme le prévoit le protocole SOFECT, autant ne plus perdre de temps, alors j'y vais. 1er rendez-vous avec la psy de l'équipe en juillet. J'oublie les "bons conseils" de quelques gourous qui me recommandent de dire aux psys ce qu'ils veulent entendre et je choisis plutôt la vérité, ce que j'ai toujours fait depuis le début. Et puis il ne faut pas croire qu'on peut berner ces équipes en leur racontant des conneries ou en disant les mêmes choses que les autres, personne n'est dupe, je le tiens du chef de service de Bordeaux.

"La Vérité vous délivrera." (St Jean). Vous savez quoi ? Ben il avait raison, le gars, vu qu'au deuxième rendez-vous en septembre, j'apprends que mon dossier sera examiné à la commission de décembre et que je peux d'ores et déjà prendre contact avec le chirurgien, ce qui balaye mes craintes et toutes les conneries que j'ai pu entendre sur ces équipes. Mon dossier est accepté à l'issue de cette commission, ce qui doit en enquiquiner pas mal de la "communauté", car je n'y ai pas que des amis, mais je m'en fous. Je serai donc opérée en 2013, ainsi que mon amie, dont le dossier est passé également. Joyeux Noël et bonne année ma soeur, on a fini par y arriver et on est presqu'au bout du voyage...

Voilà donc où j'en suis, après deux ans de parcours, des hauts et des bas, des joies et des peines... Bientôt le saut de l'ange et la délivrance, même si peu de gens le comprennent ainsi, parce que celà aurait dû être ma vie et que celà le sera enfin...

mardi 28 août 2012

Scandale mélancolique

On me dit parfois comme ça : "j'aime bien votre petit couple de lesbiennes" (ça démarre fort). Ce à quoi je réponds généralement : "tu veux dire notre couple tout court ?" Nan, je dis ça, c'est parce que si j'étais cisgenre en couple avec une femme, donc un couple hétéro tout ce qu'il y a de plus classique, les gens ne diraient pas : "j'aime bien votre petit couple d'hétéros". Pourquoi toujours vouloir préciser la "nature" du couple, dès l'instant où le couple en question sort un peu des sentiers battus ?

Si je sais que Robert* et Gérard* sont en couple ou que Nathalie* et Sylvie* sont ensembles, je ne vais pas me sentir obligée de rajouter "gay" ou "lesbien" à chaque fois que je vais parler d'eux (* personnages entièrement fictifs, pas la peine de commencer à regarder vos voisins ou vos collègues de bureau de travers). En ces temps de crise budgétaire et de réchauffement climatique, économiser sa salive et limiter les émissions  de gaz à effet de serre est un geste citoyen.

Mais pour en revenir à mon couple, même si, une fois opérée et en ayant obtenu mon changement d'état-civil, je deviendrai de facto une femme avec une femme (moi qui n'ai jamais eu de Mécano, c'est un comble), le côté "sulfureux" et fantasmé de ce que le mot "lesbiennes" évoque m'enquiquine un peu. Pour la plupart des gens que je connais, un couple de lesbiennes se traduit bien souvent par ça :



Bon ok, c'est joli à regarder, sexy en diable et tout ce qu'on veut, mais ça reste tout de même un cliché "réservé" à un public averti, voire inverti et plus si affinités, et même si je rêverais d'avoir idéalement le physique de l'une d'elles, sans être tout à fait sexe, ça a quand-même un certain cousinage.
Il est vrai que tout ce qui concerne les LGB en général est plutôt revendicatif d'une forme de sexualité, à croire que les couples LGB ne passeraient leur temps qu'à ça (z'ont bien de la chance si c'est le cas, au passage). Ils ne font jamais les courses, le ménage, tondre la pelouse au lieu de la brouter ? (oui bon là ok j'en rajoute). Ce que je veux dire, c'est que les couples LGB ne font ni plus ni moins que les autres couples mais qu'il y aura toujours cette résilience d'images de filles couchées sur papier glacé qui s'imposera. Quand on évoque un couple hétéro, y a-t'il systématiquement l'image d'un homme et d'une femme faisant l'amour qui s'inscrit en filigrane ? Poser la question c'est déjà y répondre.

Mais bon, tout ce qui précède n'était qu'un préambule (j'allais dire une mise en bouche mais on aurait encore jasé), car le propos du jour se situe à un tout autre niveau que celui des esthètes de noeuds, mais il fallait bien attirer le chaland :)

En fait, je voulais vous faire part d'une théorie à laquelle j'ai réfléchi (un peu seulement, faut pas pousser) et qui fait qu'un doute m'habite, une angoisse m'étreint, une question existentielle me taraude...et si  tout ça n'avait aucun sens ? Je veux bien sûr parler du changement...d'état civil. Je m'explique.

Mettons que je finisse par me faire opérer un beau jour, et qu'après avoir informé la terre entière de mes éventuelles pertes blanches et avoir signalé sur tous les réseaux sociaux que je faisais correctement mes dilatations (le toucher rectal pour les hémoroïdes a beaucoup moins de succès, allez savoir pourquoi), je décide comme ça de faire modifier mon état civil, histoire d'apporter la touche finale à mon parcours et être enfin en phase totale avec ce que j'ai toujours voulu être. J'entame alors une longue et coûteuse procédure, tout comme pour Robert Moncul ou Humphrey Bainfuffer, jusqu'à l'obtention du précieux sésame, qui m'évitera à l'avenir d'avoir à expliquer aux forces de l'ordre que ce n'est pas le permis de conduire de mon mari que je leur présente lors du contrôle.

Me voici donc devenue officiellement Carolyne. Bien...
Et c'est là en fait que tout part en quenouille, si vous me passez l'expression. En effet, le jour où j'ai enfin une existence légale et administrative, que se passe-t'il ?
Je renie totalement mon passé de mec puisque mon extrait d'acte de naissance sera intégralement modifié. En l'espèce, ça mentionnera un truc du genre : le 15 mai blablabla est née Carolyne, de sexe féminin, etc... ce qui est totalement faux (ou sinon je ne me serais pas emmerdée à suivre un parcours trans, faut être logique). De plus, qu'on le veuille ou non, le jour de mon extrait de naissance initial, mes parents ont bien donné naissance à un garçon, eu égard aux archives de la maternité de l'hôpital, sans aller chercher plus loin.

On se trouve donc dans un cas de figure où les registres de l'état civil commettent quelque part un faux en écriture, mais surtout dans une situation quasi ubuesque pour ne pas dire kafkaïenne, si on y songe un instant. Imaginons par exemple qu'au cours de mon ancienne vie j'aie contracté des maladies spécifiquement liées à une forme d'andropathie (orchidopexie, phymosis, etc) et qu'au cours des diverses interventions médicales je me sois choppée des infections nosocomiales qui aient été à l'origine d'une invalidité permanente (oui je sais je cherche les petites bêtes, mais si vous saviez tout ce qu'on trouve dans les draps des hôpitaux). Je me vois bien aller expliquer à la commission, lors du renouvellement de mon invalidité tous les 5 ans, que ma cystite chronique est survenue pendant qu'on me coupait la chique...

Plus "perturbant" encore : je suis mariée, j'ai des enfants, mon acte de mariage également modifié mentionne que Carolyne a de fait épousé une autre femme (encore prématuré mais ça vient, ça vient...) et que de leur union sont nés X et Y. Si le cas peut être facilement envisagé au sein d'un couple de deux femmes, la chose me paraît beaucoup plus improbable administrativement lorsqu'il s'agit d'un couple gay dont l'un des deux fût pourtant un FtM par exemple. X et Y nés de Robert et Gérard, la médecine ne le permet pas encore, et je plains d'avance X et Y qui auront à fournir un tel extrait d'acte de naissance pour l'obtention de tel ou tel document. A un moment donné, il faut pouvoir rester crédible, si ce n'est pour soi, au moins pour les autres.

Je sais que, pour la plupart des trans, ce changement radical d'état-civil est souhaité et que ça ne leur pose aucun problème qu'on travestisse ainsi la réalité. Moi je veux bien, mais je trouve que ça laisse tout de même un je ne sais quoi de bizarre. En exagérant un brin, voire une grosse touffe, je dirais même que ça peut conduire à une certaine forme de schizophrénie, parce que si du coup Carolyne est née il y a plus de 40 ans, il va bien falloir remplir quelques cases de souvenirs, à moins de jouer l'amnésie.
Seulement ces souvenirs n'auront jamais existé que dans l'imaginaire. On va ainsi devoir  s'inventer une vie qu'on n'aura pas eue de toutes façons, entre l'âge des premières règles, les parties de colin-maillard ou d'élastique à la récré, les premiers flirts dans la grange sur la paille avec le cousin Mathieu ou même la cousine Séraphine, avoir de bonnes raisons pour expliquer l'absence totale de photos de classe, etc, la liste est longue.

En fait je pense que le changement d'identité implique trois façons de l'appréhender :
-soit on considère qu'on "nait" à partir du jour où on devient officiellement Mme et que tout ce qui précède n'a jamais existé ou qu'on l'a oublié.
-soit on réécrit l'histoire à partir de son début en changeant les personnages et tout ce qui précédait ne sera plus oublié mais radicalement falsifié et n'aura donc jamais pu exister.
- soit on ne change rien à l'histoire originelle et on mentionne juste le changement survenu par la suite, ce qui me paraît le plus naturel et le moins déroutant psychologiquement.

Dans le premier cas, on commence à vivre assez tard (ce qui est un peu con) et puis en plus, Carolyne née de l'union de Mr. Bistouri et de Mme Pince à clamper, c'est pas très glamour sur l'extrait d'acte de naissance. De plus, ça a un côté un peu parano d'éradiquer d'un trait toute une vie je trouve.

Dans le deuxième cas, c'est carrément la vie de quelqu'un d'autre et même si on peut regretter idéalement que ça ne soit pas celle qu'on a eue, ça reste fantasmatique, et sans être tout à fait une forme de schizophrénie légère, ça en a un peu l'apparence.

Dans le troisième cas, c'est le plus authentique et le plus honnête, même si effectivement on aurait préféré que ça se déroule suivant le scénario du 2ème cas, mais au moins on ne vire pas schizo ou mytho.
L'ennui, c'est qu'apparemment l'administration ne laisse pas le choix dans la date et que seul le deuxième cas est retenu, ce que je trouve un peu dommage car finalement ça entretient les gens dans le déni et le virtuel...ça valait bien la peine de franchir tous les obstacles psys pour finir par en arriver là. Je finirai donc "schizophrène" puisque l'administration en aura décidé ainsi (ça va être commode, moi qui n'ai aucune imagination et la mémoire d'un poisson rouge).

Remarque, je pourrai toujours me baser sur certains "témoignages" qu'on peut lire parfois sur le net pour m'inventer cette vie. Ah oui mais non, suis-je bête, là on ne parle plus de vie idéale de transsexuelles, entre les bonnes copines du collège qui invitent toujours à des anniversaires déguisés et pour lesquels il y a toujours la panoplie à disposition, perruque comprise, ou bien encore ces vendeuses de magasins de lingerie qui se montrent d'un professionnalisme hors pair(es), allant jusqu'à pousser le dévouement au point de s'enfermer avec vous dans la cabine d'essayage en vous disant "ma chérie"...j'adore ces témoignages qu'on lit d'une main...enfin bon, tout ça c'était avant le drame.

Nan paske là il me faut une vraie vie de femme bio, depuis la naissance jusqu'à maintenant, incluant tout aussi bien ma première poupée Barbie que mon premier orgasme vaginal. J'avoue que j'aurai un peu de mal à placer mon année de service militaire ou mon orchidopexie au milieu de tout ça mais globalement je devrais m'en sortir. N'empêche, je trouve cette procédure un peu limite, parce que si j'ai passé la majeure partie de ma vie à rêver de la vie que j'aurais dû avoir, ce n'est pas une fois que je me serai réalisée qu'il faudra que je continue à le faire. J'aimerais bien pouvoir avoir le droit de choisir de conserver ou pas ma vie d'avant, même si celle-ci n'a pas été idéalement celle qu'elle aurait dû être. Non pas que j'éprouve quelque crainte ou une quelconque idée de renoncement à changer de vie, je sais exactement où je veux aller et ce que je veux devenir, et ce n'est pas non plus une sorte de regret de devoir abandonner cette vie d'avant, non, c'est juste une question de logique et de bon sens.

Entendons-nous bien : le jour où je serai officiellement et physiquement devenue une femme sera le plus beau jour de ma vie, si l'on excepte celui où j'ai rencontré ma femme, mais il ne faut pas se raconter d'histoires et se mettre à vivre dans un déni de réalité constant. Je ne vais pas retoucher toutes les photos de ma période d'avant mon changement, modifier tous mes contrats de travail, demander la rectification de mes moindres factures de caramels mous ou ce genre de conneries. La seule concession que je m'autoriserai sera de ne pas obligatoirement me promener dans la rue avec une pancarte mentionnant mon ancien statut, mais si j'assume mon état présent et à venir, j'assume tout aussi bien mon passé, même si idéalement ce passé aurait pu être différent si la Nature m'en avait laissé le choix.

Vraiment pas facile la vie des trans...

mercredi 15 août 2012

Distance


Je crois qu'c'est la nuit
Mes larmes cachent le jour
Je n'vois que la pluie
J'ai dû laisser passer mon tour
Je ne comprends plus
Je n'ai plus de repères
Au fond d'ma propre rue
Je sais plus je me perds

Vraiment je sais plus
Un fantôme est en moi
J'ai perdu la vue
J'ai dû cramer ma voix
Je ne vois plus rien
J'ai perdu mon passé
Je suis comme un chien
Aboyant sur le pavé
Je ne suis plus rien
Juste une épave à brader...

Marrant comme on trouve toujours chez Hubert un titre ou un texte qui correspond peu ou prou à l'ambiance du moment, enfin marrant, j'me comprends...je sens que je vais (encore) me faire des amies sur ce coup là.

Winnie l'ourson au pays des Bisounours, surfant sur les vagues à l'âme de l'écume bouillonante qu'on trouve à la sortie des collecteurs d'égouts, charriant leur lot de pestilences aux remugles d'outre-tombe, putréfactions des chairs et des esprits, la seule étoile que j'aurais dù vénérer étant celle de l'Ajax (WC)...on n'est jamais assez prévoyante, ça m'apprendra. Ou plutôt non, ça m'a appris, ça m'a même tellement bien appris, qu'à la prochaine guerre-crise-épidémie-nosographie-dysphorie (biffer les mentions incongrues), la polythérapeute ne répondra plus !

Pourtant je m'étais prévenue; mais j'ai une propension naturelle à ne pas écouter ce que je me dis, quarante ans à espérer et à vivre de rêves, forcément on prend des mauvaises habitudes. J'en avais rêvé ? La Vie l'a défait. Pour ça on peut lui faire confiance. Et si ça ne suffit pas, on peut toujours en rajouter, comme lorsqu'on blâme la fille en jupe qui vient de se faire violer ou qu'on sermone la petite grand-mère qui a retiré sa maigre pension en une seule fois et qui vient de se faire arracher son sac.C'est curieux que, dans ce monde de cons où l'inversion des valeurs est monnaie courante, où l'on culpabilise les victimes en dédouanant les coupables, les "braves gens" aient autant de mal avec les personnes dans mon genre.

Oh, j'ai bien une vague idée du pourquoi du comment de la chose, enfin quand je dis vague, je sais très bien que ce que la plupart d'entre eux me reprochent ce n'est pas tant le fait d'être trans, finalement, mais plutôt le fait d'être une vieille trans, sans parler du physique qui l'accompagne. On pardonne tout aux jolies femmes, comme on dit, alors que mes soeurs transsexuelles se rassurent, c'est exactement pareil pour nous, avec la seule différence, c'est que lorsqu'on n'est pas moulée comme les modèles des magazines, on doit également subir la circonstance aggravante de notre "contre-nature" biologique. 20 ans et un physique de lolita, je parie que j'aurais beaucoup moins de problèmes au boulot ou ailleurs, parce que la tolérance, et bien qu'il n'y ait plus de maisons pour ça, elle reste tout de même à géométrie plus que variable chez la majorité des gens, trans comprises, c'est ça qui est le pire.

Parce qu'il faut savoir une chose, c'est que dans ce monde de cons, et même de sales cons pour certains, certaines trans ne dérogent pas à la règle d'un certain "mimétisme", et c'est d'autant plus dommage que "l'esprit communautaire" en prend un sacré coup dans la tronche, sans parler d'autres dommages aux conséquences parfois funestes.

Prenons par exemple le cas de toutes celles qui sévissent sur le net, à travers certains forums ou autres réseaux sociaux, qui servent parfois de repaires à de véritables asociaux. Ainsi telles "Grandes Prêtresses" auto-proclamées de la confrérie du Grand Ordre du Ruban Violet (à l'instar des poulets de Bresse ou de la Rosette de Lyon, sauf qu'elles devraient plutôt avoir le label d'Appellation d'Origine Incontrôlée et Incontrôlable) qui dispensent leurs bons conseils, voire leur cathéchisme pour les plus illuminées, ont-elles seulement conscience de ce que leurs certitudes, assènées comme autant de vérités indiscutables, peuvent engendrer quelquefois ?

Tour à tour psys, endocrynologues, médecins, chirurgiens tant qu'on y est, elles ont réponse à tout ce qu'un parcours doit comporter et donnent LA recette d'une transition réussie (et pour les ongles incarnés elles proposent quoi ?). En voyant ça, moi je dis que le numérus clausus est un véritable scandale, alors qu'on manque de médecins compétents (en un seul mot). Pour avoir écouté les sirènes de ces spécialistes, pour ma part j'ai perdu 8 mois de THS en refusant de prendre de l'Androcur à cause de ses effets indésirables (fabriqué par le laboratoire Bayer en plus, le même qui à une autre époque élaborait le gaz moutarde, si c'est pas une preuve ça...). Et puis un jour, à force de me cogner la tête contre les murs pour ne pas voir d'évolution notable, j'ai eu besoin d'un cachet d'acide acétylsallicil...acétilsalycili...ah merde, d'aspirine quoi, et c'est en lisant les effets secondaires indésirables de ce médicament anodin en apparence que je me suis mise à relativiser, et j'ai aussitôt appelé mon endo pour lui demander de changer mon traitement, un peu penaude.

On me répondra sans doute que les médecins (les vrais) n'y connaissent rien, comme ça m'a déjà été dit à la faculté de facebook, et le récent scandale des prothèses PIP est une preuve de plus, mais j'ai la naïveté de m'en remettre à leurs diagnostics et leurs actes (et puis si j'avais dû fabriquer mes propres prothèses mammaires, j'en serais sûrement restée aux sacs de riz ou de lentilles...pas mal, mais si on danse, ou à moins de toujours avoir une paire de maracas à portée de mains).

Mais bon, tout bien considéré, ces filles adoptives d'Hypocrate ne sont pas les pires à oeuvrer sur le ouaibe, car pour certaines elles sont en quelque sorte investies d'une mission divine...elle ont juste oublié que la transsexualité est une "religion polythéiste" qui comporte autant de divinités qu'il y a de fidèles, le tout est de le savoir, même si pour les débutantes en quête d'informations il n'est pas évident de séparer le bon grain de l'ivraie (qui dit vrai, qui a un grain ? )

Non, les pires, ce sont ces arachnides qui se servent de la toile du net pour tisser la leur, ces poulpes aux multiples tentacules terminés par des claviers et qui passent leur temps sur tel ou tel forum à traquer le moindre animalcule que leur nuage d'encre virtuelle n'aura pas encore aveuglé, ces initiées, gardiennes de leur propre sérail ou du temple de leur suffisance, qui distribuent des bons ou mauvais points de transsexualisme, tels des petits dictateurs de républiques bananières s'arrogeant le droit de vie ou de mort sur leurs féaux sujets.

Ah mais attention, excusez du peu, ce ne sont pas de vulgaires trans en cours de parcours ou encore en questionnement (pouah quelle horreur), ce sont de vraies femmes elles, opérées pour la plupart depuis belle lurette, alors elles "savent" forcément, et c'est vrai que lorsqu'on est une femme et qu'on passe ses jours et ses nuits sur des forums pour trans, à titiller les gens pour des conneries, l'évidence devrait sauter aux yeux, suis-je conne...

Combien j'ai pu en croiser des comme ça (virtuellement heureusement), qui dès qu'on ose émettre un avis différent, qu'on parle de son propre parcours, qu'on a une autre vision du monde, ou simplement qu'on n'est pas conforme au "beau modèle" (il y avait un barbu qu'on appelait comme ça autrefois, un type qui a révolutionné la mode féminine...), on est aussitôt considérée moins qu'une fiente de pigeon qui aurait terminé sa course dans la crème dessert qu'on s'apprêtait à déguster.

Combien j'ai pu en subir de ces donneuses de leçons de féminité qui voulaient m'en remontrer au moindre faux pas de ma part, que ça en devenait systématique, manière de se rassurer sans doute ? La méthode Coué a encore de beaux jours devant elle on dirait... Un physique plus joli que le mien ? Pas difficile. Un maquillage plus élaboré ? Jamais été douée en peinture. Des postures savamment étudiées et des tenues sexys ? Chez moi c'est dans l'intimité que ça se passe, mais chacune ses goûts. Et après, qu'est-ce que ça prouve ? Qu'on peut très bien avoir un physique de Real Doll mais la délicatesse et la grâce d'une Jackie Sardou, et dès qu'on l'ouvre ça ne trompe personne (et pourtant je suis parisienne d'origine). Parce qu'entre celles qui, par leurs écrits, laissent s'exprimer leur "féminité" de salle de corps de garde, et les autres qui transpirent la testo par leur agressivité crasse, à croire qu'un excès de tucking est à l'origine d'un oubli de la part de leur chirurgien, je pense qu'il faudrait qu'elles revoient leurs fondamentaux, ou mieux, qu'elles se consacrent exclusivement à leurs vies de (vraies) femmes.

Ca permettra peut-être aux autres, celles qui éprouvent de la compassion et de l'empathie pour leurs soeurs d'infortune, et qui ne veulent pas jouer à celle qui pissera le plus loin, de retrouver une communauté soudée, basée sur le postulat que toute trans dans le monde devrait être avant tout la soeur de l'autre, quelles que soient ses origines ethnico-socio-professionnelles ou la couleur de sa petite culotte. Tendresse, douceur, affection, compassion, empathie, fragilité...toutes ces choses en fait qui caractérisent celles qui n'ont pas oublié que la Femme est l'avenir de l'Homme.

En attendant, moi je vais prendre de la distance avec tout ça, histoire de préserver les femmes et les trans qui constituent la petite communauté à laquelle j'appartiens et avec laquelle je partage peu ou prou les mêmes valeurs, rien à prouver et rien à vendre...

samedi 4 août 2012

Also sprach Winnie l'ourson



Pas plus tard que l'avant-veille au soir, une amie me posait une question, au demeurant fort intéressante, sur certaines subtilités sémantiques liées au petit monde fabuleux de la transidentité, appelé aussi syndrôme de Benjamin, et ça m'a donné l'envie de tout lui expliquer simplement (et puis ça me donnera l'occasion de comprendre moi aussi)... un peu comme la dysphorie de sexe (et toc !) pour les nuls.

C'est le docteur Harry Benjamin qui, le premier, a mis en exergue le fameux syndrôme (de Benjamin, justement, c'est tout de même bien foutu la science) qui explique comme ça que "c'est une entité nosographique qui n'est ni une perversion, ni une homosexualité" et qui, quelques années plus tard, viendra complèter ses travaux en rajoutant : "le transsexualisme est le sentiment d’appartenir au sexe opposé et le désir corrélatif d’une transformation corporelle".

Bon, n'allez pas vous emmerder à chercher sur gogol ce que signifie nosographique, c'est tout simplement une classification d'une maladie, mais ça fait tout de suite moins classe de le dire comme ça, enfin moi je trouve. Bon, ce qui me chagrine un peu, c'est lorsque le prof parle de "sentiment" d'appartenir etc. Or un sentiment ça peut être tout et son contraire à la fois, ce n'est qu'une notion floue, un vague concept, pas comme une maladie "normale" où là il n'y a aucun doute. Quand j'ai un gros furoncle sur le nez, je n'ai pas juste le "sentiment" d'avoir un gros bouton dégueu, et les traces laissées sur le miroir de la salle de bain après son élimination sont des preuves tangibles et palpables (enfin façon de parler) de son existence récente. Mais avec le sentiment on peut se tromper de bonne foi. J'ai souvent le sentiment qu'il va faire beau, eh bien je me plante 9 fois sur 10  (j'habite en Bretagne). Et si je ressens juste un vague sentiment d'insécurité quand je vois ma cage d'escalier taguée, les dealers du coin qui vendent leur merde aux gosses du quartier, les voitures cramées et les viols collectifs dans les caves de l'immeuble, là aussi je me plante, parce que dans ce cas je suis vraiment en réelle insécurité, tangible, palpable, et le seul sentiment que j'aurai sera celui de m'être faite entuber par le vendeur de l'agence immobilière qui me vantait les joies du "vivrensemble" dans une cité de banlieue "difficile" (que c'est beau la novlangue).

 Une remarque, toutefois, et qui devrait énerver les afficionados du "genre", c'est que le syndrôme de Benjamin (parfois appelé syndrôme de transsexualisme) parle bien de transsexualité et pas de transgendrisme ou de transgenrisme. Mais comme je suis une gentille fille qui a horreur des conflits, je me permettrai une deuxième remarque : j'estime que le bon docteur a juste oublié un détail qui a son importance dans sa définition du transsexualisme. Lequel ? Cadeau, je vous le donne : il a juste oublié des mots comme "partiel", "temporaire" ou "total" et "définitif", et là ça change tout quand je reprends sa définition ainsi transformée, qui pourrait devenir part exemple "le transsexualisme est le sentiment (passons) partiel, temporaire ou total et définitif d’appartenir au sexe opposé et le désir corrélatif d’une transformation corporelle partielle, temporaire, ou totale et définitive." Et là, mine de rien et sans avoir l'air d'y toucher, je viens de réconcilier d'un seul coup les travesti(e)s, transgenres, travgenres, voyagenres et transsexuelles. Non, non, ne me remerciez pas, je le fais par altruisme pur.

En plus, si on y réfléchit deux secondes, sa définition initiale dans laquelle ces 4 mots sont absents contredit totalement la notion d'entité nosographique (rappel, classification etc) car qui irait s'emmerder à classifier un truc qui n'induit qu'une seule réponse ? Avec ça, on est soit transsexuelle et on veut mettre son apparence en adéquation avec son ressenti ou on est transsexuelle et on veut mettre son apparence en adéquation avec son ressenti (ah oui tiens c'est pareil), donc finalement on est transsexuelle et on veut mettre son apparence en adéquation avec son ressenti (je sais, c'est chiant ces répétitions mais c'était pour illustrer l'idée). Mais bon, ces travaux ont été réalisés en 1949 et 1953, facebook n'existait pas, Harry ne pouvait pas rencontrer TeeGee ("When Harry meets TeeGee", très bon film), et Hollande n'était pas président.

Donc, le brave docteur a conçu un tableau de la classification du syndrôme de transsexualisme et en a tiré 6 niveaux, qui vont du niveau 1 au niveau 6 (oui je sais, mais je viens de fournir un gros effort intellectuel alors je me repose un peu). En gros ça donne ça :

Niveau 1 : Pseudo travesti, genre psychique masculin
Niveau 2 : Travesti fétichiste, genre psychique masculin
Niveau 3 : Vrai travesti, genre psychique masculin moins convaincu
Niveau 4 : Transsexuelle indécise, genre psychique indécis (le fameux 3ème genre ?)
Niveau 5 : Transsexuelle intensité modérée, genre psychique féminin
Niveau 6 : Transsexuelle haute intensité, genre psychique féminin

Depuis, on a simplifié (?) les choses pour ne retenir que 4 catégories principales qu'on pourrait classer comme suit :

Travesti (correspondant au niveau 1 et 2 de l'ancien tableau)
TravestiE (niveau 3)
Transgenre (niveau 4)
Transsexuelle (niveaux 5 et 6)

 Ca ne remet pas en cause les travaux du professeur Harry Benjamin, qui a dit aussi "Je voudrais rappeler à chacun un fait fondamental : je veux parler de la différence entre le sexe et le genre. Le sexe c’est ce que l’on voit, le genre c’est ce que l’on ressent. L’harmonie des deux est essentielle au bonheur humain" 

Je complèterai juste sa phrase sur le ressenti du genre par les mots "partiellement", "temporairement", "totalement" ou "définitivement" (quand j'ai une idée à la con je ne la lâche pas si facilement). Ainsi un travesti qui ressent le besoin d'être temporairement une femme sera aussi heureux au moment où il l'est qu'une transgenre qui pourra être partiellement une femme (non opérée et/ou hormonée) ou qu'une transsexuelle (qui pourra être en début ou en fin de transition). Dans tous les cas ces 4 catégories, au moment où elles expriment leur ressenti à un instant "T" (c'est le cas de le dire), seront considérées comme des femmes, sans prétention de classement de valeur (ou alors on joue à celui qui pisse le plus loin et c'est pas franchement féminin, faut avouer). J'aurais pu dire aussi qu'elles seront assimilées au sexe féminin, peu importe ce qu'elles ont entre les jambes ou dans leur soutif, même si leur genre psychique diffère dans le temps et le ressenti (c'est pas moi qui l'ai dit, c'est Benjamin, remember sa classification, alors poupouille). Pour ma part, et quel que soit mon ressenti de genre que je suis la seule à connaître, j'estime que si mon sexe biologique se voit, c'est que ma jupe est définitivement trop courte ou que j'ai foiré mon tucking (voire les deux). J'ai aussi une copine qui est légèrement exhib mais c'est un autre débat.

Je voudrais terminer en tentant de répondre à la question posée initialement par mon amie, tout ce qui précède n'étant qu'un préambule (nan revenez, j'déconne, c'est bientôt fini).
Elle ne saisissait pas trop les notions de transsexuelle primaire et secondaire et se demandait bien ce que ça pouvait vouloir dire (qu'elle se rassure, moi aussi)

D'après ce que j'ai cru comprendre, ça correspondrait peu ou prou au niveau 5 de l'ancienne classification pour la trans secondaire et au niveau 6 pour la trans primaire. Disons, pour résumer, qu'une trans primaire est une trans qui a pleinement conscience qu'elle est une femme née dans un corps d'homme et ce dès la plus tendre enfance. Elle n'envisagera jamais de mener une vie d'homme, pourra renier son sexe biologique et devra absolument être opérée rapidement et changer d'état civil sous peine de faire des conneries (se mutiler, se suicider, voter communiste, collectionner les nains de jardin...enfin bref, des conneries quoi).

Une trans secondaire, c'est quelqu'un qui pourra avoir mené une vie d'homme avant de vouloir changer, qui aura eu conscience d'être une femme née dans un corps d'homme mais beaucoup plus tard que la primaire, qui voudra aussi être opérée rapidement et pouvoir vivre sa vie de femme aussi rapidement que la primaire mais plus tard, et qui pourra aussi être amenée à faire les mêmes conneries si sa demande ne peut être satisfaite (et faudrait voir à se manier, parce que moi j'ai un grand terrain, ça va me coûter une tonne en nains de jardin).

Bon, il reste à déterminer l'âge légal à partir duquel on peut considérer qu'on est une trans primaire ou secondaire (ça varie en fonction des psys, et on pourrait presque arriver à une fourchette semblable à celle du journal de Tintin). Ainsi, moi ça m'est tombé dessus aux alentours de 9 ans, mais je ne savais pas trop ce que j'avais, et puis j'ai eu une vie de mec, comme je l'explique déjà dans ce blog (relire la genèse de ma transition, je ne vais pas tout reprendre ici), donc si j'ai pu être une trans primaire, j'ai évolué ensuite en trans secondaire, selon des critères assez flous.
Parce qu'il y a quand même une chose à laquelle les psys n'ont pas pensé (ou ne veulent pas), c'est qu'il y a près de 40 ans (ouille), l'idée même de pouvoir se dire à 9 ans, avec tout le recul nécessaire et en pleine conscience, qu'on est finalement une fille née dans un corps d'homme, restait un concept inconcevable pour la plupart (je n'étais pas le Mozart du transsexualisme, je ne savais même pas que ça pouvait exister). Alors oui j'avais "un problème", mais je ne savais pas mettre un nom dessus (pouvoir nommer le "mal", c'est déjà le combattre) et pour tout dire je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait. Il y a 40 ans, la société était différente, les moyens d'accéder à l'information étaient cantonnés au journal télévisé qui nous montrait les prémices du 1er choc pétrolier, alors tu parles que les problèmes existentiels d'un gosse de 9 ans qui ne comprenait pas pourquoi il voulait être comme ses petites copines, il allait y avoir pas mal d'eau coulant sous les ponts avant qu'on s'en préoccupe.

Mais bon, tout ça c'est de la branlette intellectuelle (toujours ça de pris, parce qu'avec le THS...). Je suis une trans secondaire et même tertiaire ou tout ce que vous voudrez, maintenant signez le protocole et le bon pour accord de mon opération et arrêtez de me faire chier avec mon mariage ou ma cryptorchidie (ah, vous voyez bien, et encore je n'ai pas parlé de ma poupée Sandrine que j'ai eue à 5 ans...5 ans, j'ai bon là ?)
Moi je dis vivement que ces notions de primaire ou secondaire disparaissent et qu'il ne reste plus que des transsexuelles, qui pourront avoir accès au THS, aux opérations et à tout ce qui leur permettra de vivre au plus tôt leurs vies de femmes, si possible avant la puberté, ça voudra dire que le Monde est devenu un peu moins con (on peut rêver, c'est gratuit et ça n'attaque pas la couche d'ozone)

Voilà, j'espère avoir apporté ma petite pierre (j'ai aussi des calculs mais on s'en fout) à l'édifice en vue de l'érection (joke) d'un nouvel ordre qui devra règner pour mille ans...heuh...keske j'raconte, c'est le manque d'oestradiol et c'est l'heure de mon traitement, alors je vous laisse et je vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures.

Dr. Carolyne TeeGee, membre honoraire de la faculté de facebook (tiens, en parlant d'honoraires, c'est pas pour dire mais c'est que j'ai passé du temps pour écrire ces conneries, enfin bon, c'est vous qui voyez...)

jeudi 2 août 2012

Fièvre résurrectionnelle

Comme le dit le vieil adage : quand les chevaux sentent l'écurie, ils piaffent d'impatience (quand c'est le cavalier qui "sent" l'écurie, il vaut mieux prendre ses distances, mais "foin" de digression, et puis chacun ses goûts).
Alors voilà, here we are ! Alleluiah mes soeurs ! L'avènement du Messie est enfin arrivé ! Celui qui nous vient tout droit de l'autre pays du fromage (ça va nous faire un bon polder...heuh, bol d'air, désolée) ou de cet autre plat pays (qui n'est pas le mien) a été élu par la volonté du peuple et sans la force des baillonettes (ça c'est pour plus tard), juste à temps pour nous prémunir de la fin du monde (cons de Mayas) et nous sauver des flammes de l'enfer (qui est exothermique, comme chacun le sait).

Hauts les coeurs, le monde nous appartient désormais ! (juste quelques délais de livraison à prévoir, le temps de trouver le bon emballage). Promis, tel l'élixir du bon docteur, IL guérira nos maux, rendra la parole aux muets, fera pousser des jambes aux cul-de-jattes, et concoctera des programmes de télé intelligents (enfin pour ça il n'avait rien promis, à l'impossible nul n'est tenu).

En vérité je vous le dis, Mesdames, Messieurs (les demoiselles n'ont qu'à aller se faire voir, elles qui n'ont plus droit de cité), c'est une ère nouvelle qui s'offre à nous, la lutte finale en technicolor et en 3D (à condition d'avoir les bonnes lunettes), le "rester groupir" et demain, oui demain, demain on rasera gratis et des rivières couleront des torrents de miel.

Le seul hic dans tout ça, c'est que, habitués que nous étions à ce qu'on nous serve le brouet infâme qui nous tenait lieu de soupe depuis des lustres, nous en avions fini par oublier le goût véritable du velouté de champignons, et certains de se précipiter dans le Doubs* pour en cueillir à foison, le coeur léger et des colliers de fleurs dans les cheveux.

C'est ainsi que, devant cet immense espoir où tout semble permis désormais, on assiste à des revendications tous azimuths, qui vont de l'obtention du mariage pour tous à la suppression de la mention "sexe" sur la carte d'identité, sans parler de choses encore plus farfelues. Je m'explique :

-sur le droit au mariage pour tous, aucun problème, et en plus ça m'arrange, puisque selon ce qu'il m'a été dit de la part de certains psys, le fait que je sois déjà mariée m'empêcherait d'être opérée en France, car ça me conduirait dans une impasse juridique, puisque mon état civil ne pourrait pas être modifié par la suite. Il vaut mieux en effet que je reste avec un sexe qui ne me correspond pas plutôt que sur mes papiers d'identité figure le nom de "Mr."...après tout, il est vrai qu'on est amenée à présenter ses papiers plus souvent que de se voir dans le miroir de la salle de bains. On disait que les français étaient sales, je n'imaginais pas que c'était à ce point là. Blague dans le coin, je dirais que pour mon cas, le changement d'état civil est important, mais pas autant que d'être en adéquation physique avec ce que je suis au fond de moi. En d'autres termes, l'opération de réassignation sexuelle n'a jamais été une option pour moi mais était partie intégrante de tout le processus...ou alors il faut être logique : je ne suis pas vraiment transsexuelle dans l'âme et il faut vite me virer des listes des bénéficiaires de l'ALD 31, la sécu n'a pas besoin de faux malades pour creuser son trou béant.
Je sais que certaines trans ne désirent pas cette opération ou ne peuvent tout simplement pas y avoir accès pour raisons médicales, je ne suis pas là pour juger de ça, je dis juste que dans mon cas cette opération est vitale. Après, que je mette des mois pour obtenir un hypothétique changement d'état civil (ce n'est pas déjà le cas de toutes façons ?), ça me regarde et je m'en accommoderai au pire.

-sur la demande de remplacer le terme d'identité sexuelle par le terme d'identité de genre, à propos de la nouvelle loi sur les discriminations, là j'avoue en revanche que c'est chipoter un peu. L'identité sexuelle dont il est question ici correspond à l'identité "sexuée" en quelque sorte, peu importe ce que vous avez entre les jambes ou pas. Tout celà vient à la base d'une mauvaise traduction de "gender" qu'on a transformé en "genre" alors que l'idée du "gender" anglo-saxon est bien le "sexe social", avec les codes correspondants. Prenons un exemple. Robert, qui est né garçon, décide un jour d'adopter les comportements et les codes vestimentaires du sexe opposé (tiens), que ce soit de façon définitive, temporaire ou partielle, et peu importe qu'il soit travestie, transgenre ou transsexuelle. Dans la plupart des cas, pour ne pas dire à chaque fois, tant que Robert est identifié comme appartenant au beau sexe (tiens tiens) et qu'il fera tout pour être en adéquation avec ledit, il aura au minimum opté pour Roberta, bref, il sera identifié comme étant du sexe féminin (à moins qu'il décide de relever sa jupe et d'exposer son service 3 pièces aux gens de la rue, pour le cas où il l'aurait encore à sa disposition). Ben franchement, je n'ai jamais vu de gens présentant toutes les caractéristiques d'une fille clamer haut et fort qu'il faut qu'on l'appelle Robert en lieu et place de Roberta ou conserver une barbe de 15 jours tout en étant vétu d'un tutu rose, que ce soient des travesti(e)s, des transgenres, ou des transsexuelles. Pendant la période où l'on se sent Roberta, on fait tout pour le rester. On s'identifie bien à un "sexe social" et pas autre chose.
Après, que Robert...pardon, Roberta, veuille adopter un mauvais genre ou être bon chic, bon genre, c'est une autre histoire. Une fille peut avoir le genre qu'elle veut, de la secrétaire de direction à la wesh-wesh de cité (la conne), elle restera une fille aux yeux des gens (quoique pour la wesh-wesh, j'ai du mal). C'est pareil pour Roberta tant qu'elle reste Roberta. Et puis si on ne peut plus se moquer des wesh-wesh sans aussitôt être taxée de transphobe, où va-t'on ?

-sur une demande qui circule en ce moment pour faire supprimer la mention du sexe à l'état civil, là aussi je trouve ça très con, car si on reprend l'exemple de Robert, qui sonne tout de même comme un prénom masculin, c'est à dire un prénom qu'on réserve plutôt à ceux qui naissent avec un pendule entre les jambes, on aura beau supprimer tout ce qu'on veut, Robert ne sera jamais égal à Roberta et son prénom sera plutôt accolé à "Mr." qu'à "Mme", même si ça ressort d'un conformisme qui nous ramène aux heures les plus sombres de notre histoire. Parce qu'au bout d'un moment, il faut tout de même songer à conserver quelques repères, sans pour autant verser dans le fascisme le plus dur. Surtout qu'en cas de changement d'état civil pour une transsexuelle, la mention "sexe" est également modifiée, ou ça n'aurait aucun sens, faut être logique.

Pour conclure (et parce que vous avez sûrement autre chose à faire), je dirais que nous venons de connaître une grande avancée avec la loi 225-1 du Code Pénal qui reconnaît les discrimination liées à l'identité sexuelle, car elle peut tout aussi bien convenir aux travesti(e)s, qui sont femmes à temps partiel, aux transgenres, qui sont femmes à mi-temps, et aux transsexuelles, qui ont vocation à être femmes à temps plein, si vous me permettez cette analogie.


*Le Doubs est une région où l'on trouve des champignons hallucinogènes en abondance, mais chut.

mardi 8 mai 2012

Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable


(33, comme l'âge du Christ à sa mort, mais je ne brigue pas la place de prophête)

Je suis coupable aux yeux de certains d'être une personne transsexuelle, c'est à dire une personne née dans un corps qui ne lui correspondait pas.

Je suis coupable de présenter un caryotype qui ne rentre pas dans la norme, coupable donc d'être atteinte du syndrôme de Klinefelter, coupable d'avoir une formule chromosomique qui s'écrit 2N=47 au lieu de 2N=46, coupable au même titre qu'une personne atteinte de trisomie 21 en quelque sorte, pas tout à fait XY et pas tout à fait XX, à priori coupable d'être classée parmis les XXY.

Je suis sans doute coupable des décisions politiques qui ont conduit le transsexualisme a être déclassé en tant que pathologie mentale depuis février 2010, tout comme j'aurais été coupable de ces mêmes décisions concernant l'homosexualité il y a 50 ans, ou dans un tout autre registre, coupable de l'obtention du droit de vote par les femmes il y a 67 ans ou encore de l'émancipation de la population noire dans le monde il y a 218 ans ? Allez savoir....la société évolue chaque jour, et ce qui paraissait intolérable hier sera demain communément admis.

En attendant, je suis coupable de bénéficier du régime de l'ALD 31, ce qui signifie en langage clair être atteinte d'une Affection de Longue Durée reconnue par la Sécu, juste parce que des médecins en ont décidé ainsi après que je sois passée entre leurs mains...à moins que les médecins de la Sécu soient "pro-transsexuelles" par nature ?

Je suis aussi coupable d'avoir vécu toutes ces années cachée au fond de mon placard, par peur d'avoir eu à affronter ma mort sociale annoncée, coupable ainsi d'avoir préféré la "facilité" d'une vie que la bonne société m'obligeait à vivre, mais qui ne faisait que renforcer mon mal-être, à l'appel du trottoir qui me tendait ses caniveaux, coupable d'avoir choisi de travailler pour la maison "Dura lex, sed lex" au lieu de la maison Durex.

Coupable aussi de ne pas avoir encore le physique en adéquation avec ce que je suis à l'intérieur, coupable d'être trop pressée dans ma démarche, mais coupable d'avoir trop attendu à la fois, coupable de ne pas être et de ne pas avoir été, coupable des ravages causés à la puberté par la testostérone qui a laissé ses marques indélébiles, comme autant de plaies non cicatrisées, coupable de refuser l'image que me renvoient les miroirs car elle ne m'a jamais correspondue.  

Accessoirement, je dois donc être aussi coupable de vouloir réparer ce que la Nature a (légèrement) foiré à la base, coupable de modifier l'ordre naturel des choses, au même titre que tous ceux qui n'acceptent pas cet ordre "naturel" quand ils prétendent combattre les maladies génétiques, les malformations de naissance, les T.O.C., j'en oublie...

Allez hop, coupable en vrac d'être une personne perverse, uniquement animée par un fantasme d'ordre sexuel, quand on sait que rien que le traitement hormonal inhibe totalement la libido et que popaul est aux abonnés absents, faut vraiment en tenir une couche. Coupable donc d'être assez conne pour avoir des "fantasmes sexuels asexués" de par le fait, il fallait oser. Vous ne trouvez pas qu'il y a là comme une certaine incohérence ?

Mais comme ça ne me suffit pas, je vais aussi me rendre coupable d'aller me faire charcuter le visage, pour le rendre un peu plus féminin et parce que j'en ai besoin hélas, car cette perspective de nouvelles souffrances, physiques celles-là, ne m'enchante pas plus que ça, mais que j'en ai un peu marre de passer pour un animal de foire. Mais rassurez-vous, toutes ces chirurgies ne seront pas supportées par la collectivité, car n'entrant pas dans le cadre des remboursements liés à l'ALD 31, c'est uniquement avec mes propres deniers qu'elles seront financées, comme toutes ces femmes ou ces hommes qui se font refaire telle ou telle partie, juste parce c'est vital à leurs yeux, mais eux au moins ne sont pas désignés coupables pour ça.

Et je ne parle pas de l'opération finale de réassignation sexuelle, coupable de risquer ma vie pendant six à huit heures sur le billard pour une intervention très lourde et qui comporte des risques certains, là je pousse la perversion à son paroxysme. Même les adeptes des jeux BDSM ne vont pas jusque là, c'est dire à quel point je suis coupable.

Pourtant ce ne sont pas les seules choses qui font de moi, encore et toujours, la coupable idéale, non. Il y en a tant d'autres dont j'ignore encore sûrement l'existence, mais tous les prétextes sont bons.

Tiens, ma famille, les proches, les anciens "amis", tous ces gens pour lesquels l'annonce de ma transition a été perçue comme une trahison, coupable d'avoir osé leur révéler ma souffrance, de les rendre en quelque sorte "complices" du monstre par le simple fait de m'avoir côtoyée un temps. Pourtant moi je ne les juge pas sur ce qu'ils sont, sur leurs préférences sexuelles, avec qui ils couchent ou avec qui ils vivent, tout comme je ne juge pas leurs proches sur les mêmes critères. Qui sait, coupable aussi de les "pervertir", comme je dois sans doute "pervertir" ceux qui ne m'ont pas fermé leur porte et qui ne voient en moi qu'une personne et pas autre chose.

Il y a ma soeur et aussi ses enfants, dont l'esprit n'est pas encore formaté par la bonne société, qui ont assimilé que leur tonton Olivier allait devenir plus tard leur tata Carolyne et pour qui ça ne pose aucun problème, car les enfants ne forgent pas leur jugement sur les dogmes imposés par la multitude, ils se contentent d'aimer, sans calcul, sans détours. Ce n'est pas pour rien qu'on a coutume de dire qu'ils viennent au monde innocents, même si ça ne dure pas ensuite. Tous coupables alors ?

Ma femme aussi, bien sûr, qui vit avec Carolyne depuis des années déjà, et qui est elle aussi "complice" de mon crime. Devra-t'elle être pendue avec les autres, toutes ces transsexuelles qui ont eu des enfants ou des compagnes de leur vie d'avant et qui ont su garder l'amour qu'ils leur portent, sans ambiguité, sans "déviance" de quelque sorte que ce soit ?

Et pour conclure, je me demande au fond si je ne suis pas tout simplement coupable pour certains de heurter leurs valeurs. J'avoue, l'intolérance, le rejet, la haine et l'exclusion ne font pas partie de mes valeurs, comme ces "valeurs de la République" qu'en ces temps de campagne électorale on nous a présentées comme seules références depuis des mois.

Alors j'ai finalement décidé de plaider non coupable pour tout ce que je suis, en comptant sur la présomption d'innocence et sur une once d'humanité...on verra bien...

mardi 24 avril 2012

Avenue de l'Amour

Bonjour...
Je vais vous parler de l'histoire d'un couple que je connais bien, puisqu'il s'agit de celui que nous formons elle et moi.

Il ya 13 ans de celà, nous nous sommes rencontrées "par hasard" et il s'en est fallu d'un rien pour que cette rencontre n'ait jamais lieu...marrant le destin parfois...
Dès le début de notre relation, elle a su ma "particularité", car c'est une chose que je n'ai jamais cachée aux femmes qui ont compté dans ma vie, à l'exception près que, ne sachant pas moi-même jusqu'où tout ça allait me conduire à l'époque, j'occultais une partie de la vérité, à savoir, la voie que j'ai choisie aujourd'hui. Pour elle, cette Caro qui pointait le bout de son nez à chaque occasion qui se présentait n'était donc rien d'autre qu'une particularité un peu..."particulière", mais sans conséquence particulière, une manie, une lubie, pas de quoi fouetter un chat (pauvre bête), et certainement moins grave que jouer au PMU ou rentrer bourré et la tabasser parce que la soupe n'était pas servie à l'heure.

Donc nous nous sommes mises tout naturellement en ménage, suivi d'un mariage trois ans après, pour "officialiser" notre amour...plus par tradition en fait, l'amour ne se "contracte" pas comme une vulgaire police d'assurance. Au cours de toutes ces années, elle a laissé Caro s'exprimer peu à peu, puis de plus en plus, participant à son évolution, lui offrant parfois des fringues, la laissant errer la nuit en voiture, sans but, rien que pour lui permettre d'assouvir ce besoin de se sentir femme et de se comporter comme telle, tissant imperceptiblement la toile du filet de cette autre femme qui allait un jour lui prendre celui avec lequel elle s'était mariée.

Mais paradoxalement, plus Caro étendait son emprise sur celui qui partageait sa vie, plus les liens de leur amour se renforçaient, car il est bien souvent dit que les épreuves de l'existence "transcendent" une relation. Aussi, plus la spirale qui allait inexorablement les mener au point de non-retour se resserrait, ineluctabilité du destin, plus l'osmose qui règnait entre eux (et bientôt entre elles) s'imposait et grandissait, jour après jour, mois après mois, année après année.

Et puis le temps de la prise de conscience, le "choix" à prendre pour ne plus se mentir à soi-même et ne plus mentir aux autres par la même occasion, le temps des nuits entières à envisager toutes les possibilités, les sanglots longs des violences de l'automne d'une vie qui s'achève, les serments d'un jeu de paumés, perdus dans le maelstrom implacable qui les emporte sans espoir de retour, et la décision unilatérale de rester, pour le meilleur et pour le pire, et puis on a déjà eu le pire et le meilleur, pourquoi en serait-il autrement après ?

Ensuite vient l'accompagnement de tous les instants, celui qui me fait dire que ce n'est plus tout à fait uniquement "ma" transition mais la "nôtre". On dit que transexuelle est un sacerdoce ? Alors femme de transexuelle est un chemin de croix, le chemin d'une vie, une vie pour une autre vie, touchante d'abnégation confinant au sublime, à l'impossible, au divin. Et il paraît que les anges n'ont pas de sexe ? Ben pourtant le mien en a un, c'est peut-etre aussi pour ça que je veux tout faire pour m'en approcher du mieux que je peux, même si je sais désormais que jamais il ne me sera possible d'espérer pouvoir ne serait-ce que lui arriver à la cheville, car cette femme, ma femme, a l'amour chevillé au corps justement.

Pour elle je suis déjà cette Carolyne, et depuis longtemps, elle que rien ne prédestinait à cette "drôle" de vie, elle qui affronte déjà le regard des autres, de ses proches, de sa famille, elle qui a choisi finalement de faire sien mon propre "comming out" quand on y réfléchit, car je l'emporte avec moi sur le chemin que j'ai choisi, et qu'elle aura à subir les même avanies. Moi je ne suis que "malade", mais elle, elle sera en plus "malade d'une autre malade", frappée du sceau d'une double infâmie par la "bonne" société, cette société qui a déjà une propension naturelle à jeter l'opprobre sur les "fils de" ou "femme de", faisant peser sur eux les "fautes" de leurs proches ou de leurs ancêtres, alors si en plus il s'agit d'un choix "contre nature" délibéré, pensez donc...

Eh oui, car non seulement mon ange va m'accompagner jusqu'au bout du voyage, mais en plus elle continuera à parcourir le même chemin avec moi "après", car notre transition n'est qu'un passage, une étape à franchir pour pouvoir ensuite commencer cette autre vie à deux, cette vie qui fera d'elle une "lesbienne", par la force des choses et une logique sans faille, parce que c'est sans doute ça l'Amour, et il se situe bien au-delà de tout ce que j'aurais pu imaginer lors de notre première rencontre, et bien au-delà de toutes les étiquettes que les "braves gens" s'évertuent à nous coller.

Je crois que c'est Aragon qui disait que "la Femme est l'avenir de l'Homme"...je n'en ai jamais été aussi intimement convaincue que depuis le jour où j'ai eu la chance de la rencontrer, et pour lui rendre un bien modeste hommage en comparaison de tout l'amour qu'elle me porte, je n'ai fait que changer le "i" de mon nouveau prénom pour le "y" du sien...Caro et Lyne réunies à jamais, ça devait être un signe du destin....le hasard est facétieux parfois...

Je t'aime, Lyne, femme de mes vies...celle d'avant, celle de maintenant, et celle d'après...

mercredi 18 avril 2012

La maison Borniol

La vie rêvée des trans au quotidien :

Bon, aujourd'hui j'ai été confrontée à de nouvelles "tracasseries" au boulot. Il paraît que la longueur de mes boucles d'oreilles en "gène" certains. J'ai mesuré : la plus longue paire n'excède pas 3,5 cms...je ne pensais pas qu'ils avaient de quoi être complexés par une longueur de 3,5 cms, comme quoi on sur-estime beaucoup la virilité des cons, lâches de surcroît, car aller chouiner auprès des autorités dans mon dos sur ce genre de conneries, ça en dit long sur leur "courage" (n'empêche, 3,5 cms, les pauvres).

Alors pour ne pas (encore une fois) envenimer les choses, et parce que depuis le début de ma transition j'essaye de "choquer" et de "provoquer" le moins possible les intolérants et les talibans en herbe, je vais opter pour de simples brillants ou carrément ne plus en mettre, jusqu'à ce qu'ils trouvent un autre prétexte pour laisser transpirer leur transphobie (voire leur homophobie pour certains, selon des propos qui m'ont été rapportés).

Je m'attends donc demain à ce que ces mêmes transphobes, s'appuyant sur le règlement, exigent que je conserve les cheveux courts avec une coupe masculine, m'interdisent tout maquillage, et pourquoi pas tant qu'on y est m'obligent à pisser debout quand je me rends aux toilettes (il y aura des caméras pour vérifier, au besoin), et ce, tant que mon changement d'état civil n'aura pas été validé.

Mais ce que ces imbéciles ne comprennent pas, c'est que si le règlement les autorise (provisoirement) à me chercher des poux dans la tête quand je suis au boulot, une fois que j'en repars ou que je m'y rends, ce n'est plus la même chose, et rien ne peut m'empêcher de m'habiller comme je veux dans la rue, maquillée et avec autant de bijoux que je veux. Le seul truc auquel ils n'ont pas pensé en revanche, c'est qu'il est hors de question que je mette une perruque si d'aventure j'étais contrainte à avoir une coupe masculine, et c'est là que ça devient drôle : à votre avis, que vont penser les gens extérieurs en voyant un mec habillé en fille venir travailler là où je travaille et quelle image auront-ils ensuite de ma corporation ? Car pour ces charmants "collègues", le qu'en dira-t'on est d'une importance capitale...cocasse, non ?

Bon, les réflexions imbéciles, les blagues lourdes, les réactions de rejet, tout ça je m'y attendais (ingénue mais pas trop) et j'en avais pris mon parti... si ça doit être une manière de rassurer les cons sur leur virilité, ça me passe au-dessus et je m'en fous royalement. Ce ne seront pas les premiers ni les derniers à agir de la sorte, et si je supporte ça au quotidien dans la rue, ce n'est pas au taf que ça va m'enquiquiner...d'autant qu'ils sont un peu limités question répartie...c'est ça le cerveau reptilien.

Non, ce qui me choque un peu, voire me fait du mal, c'est cette mentalité de collabos qui consiste à aller dénoncer par derrière tout ce que je peux faire, tels des valets serviles de la grande bâtisse de la rue Lauriston à une certaine époque, ou de la Loubianka, dans un autre registre. Ce glissage de peaux de bananes permanent pour tenter de m'atteindre par des moyens détournés, ces petites mesquineries en loucedé, ces jalousies crasses également (hé les gars, si vous voulez pouvoir avoir les cheveux longs comme moi, je vous file des tuyaux pour votre future transition...des amateurs ?), bref, tous ces coups aussi tordus que leurs esprits finissent par fatiguer un chouille.

Heureusement, ces pithécanthropes ne représentent qu'un petit noyau dur, mais virulent...tellement virulent même que ça en est presque "suspect"...il est de notoriété publique qu'en général ceux qui ont un rejet pour tout ce qui est "hors normes" ne sont pas tout à fait "blanc bleu" de leur côté. Ainsi, la plupart des psys s'accordent à dire par exemple que ceux qui ont une haine viscérale envers les homos auraient eux-mêmes des problèmes à se positionner quant à leur propre orientation sexuelle et que ces manifestations virulentes auraient pour seul but de détourner l'attention de leurs personnes. Fallait le dire que vous êtes des homos refoulés, les gars, je vous aurais tendu la main, moi, c'est pas si grave, allez...on se fait un poutou ?

Bon, en attendant, j'ai fini ma journée de boulot en m'énervant juste avant de partir après une andouille qui trouvait normales les attaques dont j'étais l'objet au nom de l'intolérance, car selon lui je n'avais rien à dire tant que je n'aurais pas changé d'état civil, et que les "aménagements" octroyés par ma patronne étaient injustes et me donnaient de fait plus de droits qu'aux autres mecs (pauvre chéri, tu aimerais te maquiller toi aussi, hein, mais t'oses pas demander, c'est ça ?). Enfin bref, les prochains jours s'annoncent bien, et pour peu que mon endocrynologue veuille doubler ma dose d'androcur, ça va être coton à vivre sans risquer de pêter un câble ou de me payer une bonne petite dépression de derrière les fagots, et tout ça à cause de ces croque-morts...tiens, c'est vrai, maintenant que j'y pense, ces tristes sires ont des tronches de mouches à formol de la maison Borniol, ça doit venir de ce qu'ils sont verts de rage quand ils me voient en jupe...

Un vendredi 13 à 5 heures

Sortie en ville, histoire de faire quelque chose et ne pas rester comme une conne toute seule à la maison (quoique, si j'avais su).

Magasin Séphora, juste pour quelques trucs à voir dans les nouveautés. "Bonjour, vous avez du vernis magnétique ?" Après quelques instants, la vendeuse revient de la réserve et m'annonce que ce n'est pas encore disponible (c'est con, il m'en fallait pour hier)...tant pis...j'achète un ou deux trucs et une fois à la caisse, une de ses collègues lui demande ce que je voulais. La réponse tombe, comme un crachat de phtisique dans un bol de soupe à l'orphelinat : "Comme j'expliquais à monsieur, les cartons ne sont pas encore ouverts dans la réserve"...Regards en coin des clientes présentes, l'une d'elles en manque de faire tomber le canard en plastique qu'elle était en train d'essayer, cherchant une idée de cadeau pour une copine (mon oeil). Sourire désabusé de ma part et regard indulgent en direction de la cruche (la prochaine fois je viendrai en marcel et bas de jogging en me grattant les couilles, on ne sait jamais). Je paye mes achats et je sors, en faisant bien claquer mes talons en ondulant de la croupe, histoire de donner du mouvement à ma jupe.

Retour en voiture...deux nazes jouent au chat et à la souris avec moi sur la voie express. Je te double, tu me doubles, je te redouble, tu me redoubles, etc, appels de phares et clignotant, on sort à la prochaine ? Vu que ma maman m'a toujours dit de ne pas parler aux inconnus, surtout quand ils sont pénibles, je retrouve quelques bons vieux réflexes de la Bac et je résiste difficilement à l'envie de les serrer au prochain virage et de leur mettre le pouchka sur la tronche, histoire de leur apprendre le respect dû aux dames. Et puis bon, d'autres choses à faire, aussi sors-je (c'est vraiment nul cette tournure de phrase, je trouve) brusquement à la dernière sortie, que ces blaireaux n'ont pas eu le temps de comprendre et qu'ils continuent tout droit...tout juste vois-je leurs misérables feux stop s'allumer dans une tentative désespérée d'emprunter le même chemin que moi, mais c'est compter sans les autres, qui leur font comprendre, à grands coups de klaxons rageurs, qu'ils devraient songer très rapidement à avoir des relations contre-nature avec des ours (des pyrénéens, sans doute ?) et les obligent ainsi à poursuivre leur chemin. Sale temps pour les cons.

Comme je suis manifestement en période bleue, j'en profite pour me rendre au tabac du coin afin de tenter ma chance au loto (vous avez remarqué comme les tabacs sont toujours au coin de la rue ? comme les boulangeries, les cafés, et le bonheur, à ce qu'il paraît). C'est bondé, bon dieu, pas bandant, du coup je me redresse et je fais la queue (désolée mais ça me fait marrer)...et encore je ne branle pas le chef, je sais me tenir en société tout de même. Arrive mon tour. "Bonjour madame, vous désirez ?" (ah tiens, il y a un léger mieux). "C'est pour un loto flash" (les numéros fétiches c'est pour les fétichistes). "Bien madame, une grille ?" (j'ai pourtant pas mis un kilt). Au diable les varices, je me fends de 5 grilles entières (une folie). "Voilà madame, ça fera 10 euros...sur 20 ? Bien madame, et 10 qui font 20, madame...au revoir madame". C'est là que j'ai finalement capté que ses "madame" étaient un peu trop appuyés et qu'il semblait souffrir de problèmes intestinaux qu'il avait manifestement du mal à contenir, car il était tout rouge et semblait pris de hoquets qu'il arrivait difficilement à réprimer. C'est donc à ce moment là que j'ai compris que ses "madame" ostensibles, ostentatoires et limite obséquieux, étaient en fait sa façon à lui de me faire savoir qu'il me conchiait sans avoir besoin d'huile de ricin (ce qui constitue tout de même un exploit, z'avez vu le bébé ? ou alors il a le cul inversement proportionnel à ses idées : large).

Comme un "flottement" commençait à gagner l'assistance, un peu comme le doux clapotis que produisent les cuissardes d'un égoutier en train de récurer une fosse d'aisance, et comme je n'avais pas vraiment besoin d'acheter des chewing gums sans filtre, je suis sortie, non sans avoir lancé un "merci, au revoir" de ma voix la plus suave (le suaviez-vous ?) et en affichant un sourire timide et désarmant à l'assistance (de toutes façons c'est moi qui avait le plus gros calibre dans mon sac). Sortie du stationnement, pas assez vite au goût d'un rageux qui se met à klaxonner comme un débile profond qui aurait trouvé un canard comme celui que la cliente de Séphora testait et qui s'entêterait à vouloir le faire caquetter (faut t'y être con). Bon, j'ai ma dose, je rentre me réfugier dans mon cocon virtuel où tout n'est qu'amour, tolérance, compassion (ça guérit même les ongles incarnés, c'est dire).

Petit bémol très sympathique tout de même, une petite soeur m'appelle entretemps...j'oublie pour un instant ce monde de cons, même si c'est difficile parce qu'elle est loin et qu'on est assez fusionnelles, et puis ensuite je m'en vais voir du côté de facebook si j'ai encore des amies.

Je laisse quelques commentaires de ci de là, quelques connaissances m'appellent, tout bien...jusqu'à ce qu'un grincheux totalement hermétique à l'humour désabusé et au second degré prenne la mouche à la suite d'un de mes coms qui disait comme ça : "le maquillage c'est que pour les filles, c'est pour ça que je suis obligée d'en mettre des tonnes, à cause des poils (de barbe)". Du coup l'autre crie au scandale, que "faut arrêter avec ça, que le maquillage c'est pour tout le monde, etc...", l'air pas content du tout. Moi, juste pour le dérider, vu que je le sentais aussi coincé qu'un anus avant un lavement, je rajoute "oui, c'est vrai, il y a aussi les clowns, au cirque." clown Et là c'est le drame ! Il me traite de pathétique, d'esprit primaire étroit et étriqué, enfin bref, je suis tout à coup bombardée neuneu pire qu'un mollusque lamellibranche, ce qui ne lasse pas de me faire sourire, venant de la part d'un cerveau reptilien et psycho rigide, donc j'en viens tout naturellement à le traîter de pisse-vinaigre et puis bon, le propriétaire du mur concerné finit par dire stop et vire les coms...ça m'ennuie juste qu'il puisse avoir des amis comme ce naze. Résultat des courses, une ambiance de merde qui s'installe.

Le prochain vendredi 13, j'hiberne, même si c'est au mois d'août.

Heureusement, peu après minuit je reçois un appel vidéo de deux soeurs, dont une que j'aime beaucoup, et on finit la conversation à point d'heure.

mercredi 4 avril 2012

Lobotomie sporting club

Bah...ce matin je viens de passer devant un tribunal de l'inquisition, alors qu'à la base je ne venais que pour demander à ce qu'on me refasse le nez au minimum (c'était pas trop demander pourtant). Ma femme m'accompagnait ainsi qu'un ami trans FtM, et j'avais même étrenné un adorable petit trench coat rouge pour l'occasion, avec une jupe assortie et un petit top, ainsi qu'une paire de jolies bottes à talons.

Une fois installés dans le bureau du praticien plasticien, il a ouvert le feu sans sommations en me questionnant sur le motif de ma venue. Je lui ai expliqué comme ça que j'étais trans (si si), même si ça ne se voyait pas au premier regard (andouille), que j'avais entendu parler de lui par des amies et que je venais m'enquérir d'une éventuelle possibilité de féminisation faciale, eu égard à un nez fort disgracieux qui rendait mon "passing" passable...j'avais même emporté le bouquin d'Edmond Rostand dans mon sac au cas où, avec cette fameuse tirade surlignée au Stabilo : « Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître a détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître ! »...on peut dire que je m'étais préparée de pied en cap...que dis-je en cap, plutôt en péninsule, mais bref.

J'ai ensuite eu droit à toutes sortes de questions très en rapport avec le schmilblick, telles que "vous êtes marié ? et sexuellement, ça se passe comment avec votre femme ? vous savez que des trans FtM refusent la phalloplastie parce qu'elles (sic) ne veulent pas de pansement sur le bras ?" (pour une trans MtF j'ai trouvé ça vachement intéressant) et tout à "lavement" (c'était quand même un médecin qui a l'habitude de "traiter" des trans...les traiter de quoi, je l'ignore)

Et puis ensuite le classique "il vous faut voir un psy, vous savez, le transsexualisme est très encadré en France" ...Ah bon ? "Et puis la Thaïlande, il n'y a aucun suivi et très souvent des complications" Il est en plein complexe oedipien le gars, renier ses maîtres comme ça, c'est pas très sport. "Moi je cherche à former une équipe médicale qui aille dans le même sens" (comme celles de la Sofect ? je lui ai répondu)

Bref, un peu "déstabilisée" par cet étalage de poncifs, qui aurait valu le titre de "transphobe de platine" à n'importe quel autre toubib, j'ai bredouillé quelques vagues excuses, comme quoi j'étais sous THS depuis un an, suivie par une endocryno, un psychologue clinicien, une armée de psys de la maison poulaga, que je bénéficiais de l'ALD, que la SRS était pour moi partie intégrante de mon parcours, que je vivais désormais en full time, enfin bref, des conneries quoi...

C'est alors que le docte docteur, entre deux remontées d'acide (pour moi il se drogue, c'est indéniable), m'a dit comme ça qu'il consentait à me revoir dans trois mois pour un premier bilan. Bilan, kézako ? Depuis quand a-t'on besoin d'un bilan pour rectifier un nez qui se voit comme...le nez au milieu de la figure, justement ? Ou alors c'est qu'il ne m'a pas crue et qu'il pensait que, 3 mois après, mon nez se serait encore allongé ? Attend, bonhomme, je ne suis pas Pinocchio, j'ai pas envie de devenir un petit garçon, t'as dû louper un épisode, comme tu as très certainement loupé les cours de psychologie élémentaire à la fac de médecine, parce que plus con sur le plan humain et relationnel, à ce niveau là il faut le faire exprès si ce n'est pas le cas.

J'ai encore vainement tenté de lui expliquer que 3 mois de plus pour rien, ça signifiait pour moi 3 mois de plus à m'en prendre plein la gueule au boulot ou dans la rue et que ça n'allait pas franchement m'aider pour la suite, mais fume ! J'aurais tout aussi bien pu me carrer son stéthoscope dans l'oigne et danser la gigue, au moins ça aurait été rigolo. Il a fini par me dire "je comprends votre déception, monsieur (re-sic), mais aucun chirurgien ne pratiquerait une opération sans l'avis d'un psy" (attend, que je comprenne bien, c'est donc un psy qui va lui dire s'il est en état d'opérer, c'est ça hein ?). Surtout que dans 3 mois, s'il a pu mettre ce temps à profit pour un sevrage et qu'il arrête de me balancer ses conneries, il faudra encore trouver la date pour l'opération...je me vois bien accéder à une bête rhinoplastie après ma SRS et mon changement d'état-civil à ce stade. Autant que j'aille me faire casser le nez lors d'une opération de police, ça ira plus vite pour me le faire refaire ensuite.

L'entretien (je te tiens par la barbichette...) s'est soldé par le très attendu (moi je n'ai pas loupé les cours de profilage au moins) "vous pouvez passer au secrétariat pour prendre rendez-vous, monsieur, au revoir monsieur". J'ai senti comme un grand vide au fond de moi, avec l'envie de me cacher dans un trou de souris pour pleurer tout mon soûl, ou éventuellement lui mettre un taquet (finalement j'aurais dû opter pour la seconde solution, ça m'aurait évité de niquer mon maquillage), et je suis repartie "la queue basse" (au point où j'en suis, un peu plus, un peu moins, on ne va plus se formaliser pour si peu).

En tout cas une chose est clairement établie : lui pas toucher moi, ni dans 3 mois ni jamais...et puis quoi encore ?

dimanche 26 février 2012

Les dingues et les paumés

Bonjour...
Bon ben voilà, je suis allée à la soirée d'enterrement de vie de garçon de Chloé, et du coup je me suis retrouvée entourée de plein de gens bizarres...des gens qu'on n'a pas trop l'habitude de fréquenter en temps normal...comment dire...des gens bizarres quoi...vous voyez ce que je veux dire ? Non ?

Mais si, vous savez bien, ces gens qui ont un truc en plus...ah le nom m'échappe...le truc là, qu'on ne remarque pas chez les autres gens normaux (qui par définition ne sont pas bizarres), car eux n'ont pas cette particularité...le truc trans-machin, lgbt-chose, ou hétéro-bidule, comme ils appellent ça...oh c'est trop bête, je l'ai sur le bout de la langue...le même truc qu'on trouve sur certains forums (remarque, avec tous les gens bizarres qui les fréquentent, c'est pas étonnant), ce truc là :

Vous voyez maintenant ?
Bon, au début ça surprend un peu, mais on s'y fait très vite...

Donc je me suis pointée toute à trac en milieu d'après-midi après le taf du matin (chagrin) et j'ai été accueillie par Chloé tout naturellement...première fois que je la voyais en chair et en os...ça fait drôle de pouvoir toucher en vrai des gens bizarres, mais ça ne m'a pas déclenché d'éruption cutanée (j'appréhendais un peu, avec tout ce qu'on voit à la télé). Puis elle m'a présentée à Marie, sa compagne, puis à deux autres nanas qui se trouvaient là aussi, une certaine Alexandra et son amie Andréa, dont j'avais aussi fait la connaissance sur facebook (les deux plus bizarres du lot en fait...si je vous disais ce qu'elles m'ont forcée à faire). Ben tiens, je vous le dis.

Figurez-vous qu'au bout d'un moment, elles ont eu l'idée bizarre d'aller faire un tour en ville et qu'elles m'ont proposée de les accompagner, alors que le soleil n'était pas encore couché (si si, il y a du soleil en Bretagne, c'est juste les nuages qui sont plus gros qu'ailleurs). Nan mais oh, y en a qui ont de ces idées, la ville je connaissais déjà, mais pas en plein jour, et quand on est bizarre, c'est plutôt la nuit qu'on doit sortir, sinon où va-t'on, je vous le demande ? Ben où on est allées justement, c'est chez Camaïeu, sauf qu'il a fallu qu'on marche un peu beaucoup au milieu des gens normaux, parce qu'en plus Alexandra s'était garée assez loin du magasin (quand on est bizarre, on n'a pas le sens de l'orientation, c'est bien connu).

Nous voilà rendues (enfin) au magasin. Ah mince, dis, c'est vachement sympa de pouvoir déambuler dans les rayons autrement qu'en androgyne...j'en oublierais presque mon grand nez...c'est pourtant pas les miroirs qui manquent, en plus, et niveau éclairage, doivent avoir de sacrées réductions chez ERDF, tu en prends plein les quinquets, que si c'étaient des lampes à incandescence, tu bronzerais en 5 minutes. Bon, et puis après le passage à la caisse, nouvelle immersion au milieu des gens normaux pour regagner la voiture (déjà ?). Le vent doit s'être un peu levé pendant le trajet, un vent glacé et mordant, qu'à un moment je dois même marquer une pause, vu que j'ai les yeux qui piquent un peu...pas à dire, c'est pas le même climat que chez moi. Heureusement, Andréa et Alexandra me font comme un rempart, histoire de me réchauffer, mais leur technique ne doit pas être au point parce que les yeux s'embuent de plus belle...ça doit être le choc thermique ou un truc comme ça...c'est bizarre la physique, parfois.

Bon et puis retour chez Chloé, d'autres invités commencent à arriver petit à petit, il y a un peu de tout, c'est très "cosmopolite" comme dit Alexandra, mais globalement surtout des gens bizarres, toutes tendances confondues. On se présente, on boit un verre, on fait la navette entre le salon et le fumoir, on se raconte nos vies, nos parcours, entre deux petits fours...ah oui parce qu'il faut dire que Chloé et Marie ont bien fait les choses, il y a un buffet super sympa, l'ambiance, elle, est géniale (pourtant pas très à l'aise en ce qui me concerne, je me méfie de tous ces gens bizarres). Je discute tout de même avec Christine, Marine, Pascal, Jessica... pour un peu Vincent, François, Paul, et les autres...tiens, c'est exactement ça, des tranches de vie prises caméra sur l'épaule, où on se fout de la lumière ou du son, une gentille pagaille au milieu de laquelle on évolue sans but apparent, des destins qui se croisent et se recoupent parfois, des histoires vraies, les choses de la Vie, et quelle vie, tout ça...et merde, dis, déconne pas, c'est pas le moment de penser à la musique du film, surtout que je dois rentrer en voiture tout à l'heure et qu'il y a du brouillard tout le long, et l'accident en pleine nuit, fringuée comme je le suis, j'ai déjà goûté, merci (faudra que je vous raconte, à l'occasion).

Bref, tout ça pour dire que je me prends encore à parler de moi à tous ces gens bizarres (il y a même un couple d'hétéros non trans, vous dire à quel point il pouvait y avoir de gens bizarres à cette soirée). A un moment, je vois même une fille apparaître sur un écran d'ordinateur via une webcam (c'est dingue, ils sont vraiment partout ces gens bizarres). Cependant, il y a un truc..."bizarre" lui aussi, c'est que bizarrement je me sens plutôt bien au milieu de tout ce monde. J'ai pourtant pas quitté mon verre des yeux, donc je ne pense pas qu'on ait pu mettre des substances rigolotes dedans, et puis de toutes façons, si ça avait été le cas, je m'en serais aperçue, j'ai l'olfactif très développé. Non, c'est autre chose, et j'ai remarqué ce truc à chaque fois que ces gens bizarres se sont mis à me prendre la main. Ca fait un peu comme avec les détraqueurs dans Harry Potter, sauf que là c'est dans l'autre sens, comme s'ils m'instillaient une espèce de venin par contact, c'est très curieux comme sensation, et ça doit être un poison puissant, parce qu'à chaque fois j'ai vachement de mal à décoller ma main. C'est donc de ça qu'ils se nourrissent ? Tu m'étonnes que j'avais raison de m'en méfier...

Et la preuve qu'il faut s'en méfier, c'est que petit à petit en plus, ben tous ces gens bizarres le sont de moins en moins à mes yeux...comme s'ils m'apparaissaient tout à coup comme des gens ordinaires qui auraient peut-être parfois des vies extraordinaires, la faute à pas de chance, à la nature, à la société, à la vie, va savoir, va comprendre...déjà qu'il m'a fallu du temps pour ma pomme, toute une vie, alors pour des gens que je viens de rencontrer et que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam (rapport à la pomme, vous inquiétez pas, on s'y fait aussi quand on me pratique)... Mais il y a une chose qu'on ne peut pas leur retirer, c'est que même bizarres, tous ces gens vont au bout de leurs rêves, et ça les rend...comment dire...vivants. Tiens, c'est sûrement ce qui m'a manqué pendant toutes ces années, pourtant des gens "space" j'en ai rencontrés, mais jamais de bizarres, curieusement. C'est con, ça m'aurait certainement évité de faire les mauvais choix, quitte à devenir bizarre à mon tour, enfin ça c'est pas un scoop...

Alors bon, pour éviter de faire comme le lierre, mourir où je m'attache, je vais reprendre la route, histoire de poursuivre un peu ma course du lièvre à travers les champs (ça c'est mon côté gipsy, j'ai pas été surnommée "le gitan" pendant des années pour rien). Je prends congé, en faisant gaffe au coup de la main (j'ai compris le truc maintenant), et pourtant c'est pas l'envie qui me manque de rester...ah ben tiens, pendant que je pensais à tout ça, je me fais avoir encore deux trois fois, faut jamais relâcher l'attention, heureusement que je suis timide, ça aide à ne pas être trop fusionnelle...enfin pas si sûre que ça aide vraiment, tout compte fait, parce que j'ai beau être une grande fille, il faut savoir parfois baisser sa garde et laisser parler son coeur...ah ben tiens, c'est le mot que je cherchais au début. Et c'est surtout que je commence à les aimer, mes gens bizarres, pas bizarres en fait, juste exceptionnels, et au moment de se quitter j'ai comme une grosse boule dans la gorge...ce qu'on peut être gnangnan quand on est une fille...et le pire, c'est que j'aime ça...vous pensez que je suis bizarre ?